Tokyo durcit simultanément le contrôle des investissements étrangers et les frais de visa
Le Japon adopte un double dispositif législatif visant à mieux filtrer les capitaux étrangers et à alourdir les coûts administratifs pour les résidents non japonais, dans un contexte de tensions géopolitiques et de pénurie de main-d’œuvre.

Le 29 mai, le parlement japonais a entériné un projet de loi instituant un mécanisme de filtrage des investissements étrangers directement inspiré du Committee on Foreign Investment in the United States (CFIUS). Ce comité interministériel sera chargé d’examiner les prises de participation au capital d’entreprises nippones afin de prévenir toute fuite de technologies ou d’informations sensibles pour la sécurité nationale. Cette initiative, qui s’inscrit dans une tendance lourde observée aux États-Unis comme en Europe – où le règlement européen sur le filtrage des investissements directs étrangers a renforcé les prérogatives des États membres –, répond aux préoccupations croissantes liées à l’expansion économique de la Chine et à la guerre technologique entre grandes puissances.
Le même jour, la Diète a adopté une révision de la loi sur le contrôle de l’immigration et la reconnaissance des réfugiés, relevant de manière spectaculaire les plafonds des frais administratifs pour les demandes de visa. Désormais, le renouvellement d’un titre de séjour pourra coûter jusqu’à 100.000 yens (environ 630 euros), contre 6.000 yens actuellement, tandis que la demande de résidence permanente pourrait grimper à 300.000 yens. Le gouvernement justifie cette hausse par l’augmentation des coûts de gestion d’une population étrangère croissante, mais l’opposition de centre-gauche, emmenée par le Parti démocrate constitutionnel, dénonce une mesure discriminatoire frappant durement les demandeurs d’asile et les travailleurs précaires.
Cette double offensive législative illustre les contradictions du Japon face à l’immigration. Confronté à un déclin démographique accéléré, le pays a amorcé ces dernières années une ouverture prudente aux travailleurs étrangers, notamment dans les secteurs du soin et du bâtiment. Pourtant, ces nouvelles dispositions pourraient refroidir les candidats, en particulier ceux issus d’Afrique francophone ou d’Asie du Sud-Est, pour qui ces sommes représentent un obstacle significatif. Les analystes européens voient dans cette approche un mimétisme des politiques sécuritaires occidentales, où la logique de contrôle prend souvent le pas sur l’impératif d’attractivité.
À plus long terme, la question est de savoir si le Japon saura concilier sa volonté de protectionnisme technologique et de rigueur administrative avec son besoin vital de main-d’œuvre qualifiée. L’introduction annoncée d’un système numérique d’entrée, également rapportée par la presse régionale, pourrait fluidifier les procédures, mais elle ne compensera pas un alourdissement des coûts qui risque d’orienter les talents étrangers vers d’autres destinations, comme le Canada ou l’Europe du Nord. Dans un environnement où la compétition mondiale pour les cerveaux s’intensifie, le Japon joue une partition délicate dont les conséquences se mesureront à l’aune de son attractivité future.
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