Sécheresse planétaire : Téhéran et l’Ouest américain face à des réservoirs exsangues
Les barrages alimentant la capitale iranienne affichent des taux de remplissage alarmants, tandis que six grands réservoirs américains tombent à leur plus bas niveau depuis trente ans pour un mois de mai.

La crise hydrique qui étrangle la capitale iranienne a franchi un nouveau seuil inquiétant. Au 2 khordad (23 mai), le barrage de Lar, l’un des cinq ouvrages qui approvisionnent Téhéran, ne contenait plus que 73 millions de mètres cubes, soit un taux de remplissage de 8 % – une chute de dix points par rapport à la même période l’an dernier. Selon les données de la Société de gestion des ressources en eau, relayées par la presse économique et généraliste du pays, le barrage Amir-Kabir n’est guère mieux loti avec 66 % de sa capacité, quand le stock total des cinq réservoirs entame l’année hydrologique avec seulement 250 millions de mètres cubes, moitié moins que les 500 millions habituellement disponibles lors des années sèches. La province de Téhéran a enregistré un déficit pluviométrique de 30 %, et la distribution des précipitations dans les bassins versants voisins – Qom, Alborz, Khorassan-e Razavi, Markazi – reste si défavorable que les nappes et les cours d’eau ne parviennent plus à reconstituer les réserves.
Cette asphyxie n’épargne pas l’autre rive de l’Atlantique. Aux États-Unis, le Bureau of Reclamation a signalé que six grands réservoirs, dont les emblématiques lacs Mead et Powell sur le bassin du Colorado, affichaient fin mai leurs niveaux les plus bas jamais enregistrés à cette époque depuis le début des relevés, il y a trente ans. La sécheresse persistante qui frappe l’Ouest américain transforme ces retenues géantes en témoins d’une aridification de long terme. Les images satellites montrent des « anneaux de baignoire » toujours plus larges autour des parois rocheuses, tandis que les négociations entre États riverains pour le partage de l’eau du fleuve Colorado s’enlisent dans une nouvelle phase d’urgence.
Au-delà de la coïncidence calendaire, les deux situations illustrent un emballement de vulnérabilités communes. Dans le cas iranien, la concentration démographique et industrielle autour d’une capitale semi-aride, couplée à des décennies de gestion minière de la ressource, transforme chaque oscillation climatique en crise sociale latente. Les experts locaux rappellent que les besoins annuels de Téhéran s’élèvent à 800 millions de mètres cubes et que l’effondrement actuel des stocks rend plausible un rationnement d’ici à l’automne. Du côté américain, c’est la surexploitation historique du Colorado – un fleuve dont les débits alloués par un pacte centenaire dépassent largement la réalité hydrologique contemporaine – qui se heurte à une méga-sécheresse amplifiée par le réchauffement global.
Ces signaux, perçus depuis les quartiers nord de Téhéran jusqu’aux banlieues de Phoenix, esquissent un avenir où la sécurité hydrique ne se décrète plus en fonction de moyennes statistiques rassurantes, mais s’éprouve dans la succession des années atypiques. Pour les capitales et les métropoles situées sur des fronts arides, l’adaptation exigera non seulement des investissements technologiques, mais une redéfinition complète du contrat social autour de l’eau, sous peine de voir les réservoirs devenir les thermomètres d’un désordre climatique déjà à l’œuvre.
Cette actualité est parue dans
6 sources · 3 langues · fenêtre 24 h