Ghana suspend une taxe mobile, révélateur des dilemmes budgétaires africains
Le gel de la redevance sur les transferts wallet-banque cristallise l’équilibre précaire entre quête de recettes et inclusion financière, en écho aux débats kényans sur le projet de loi de finances et aux batailles minières pour un partage plus juste de la rente.

La Banque du Ghana a suspendu in extremis la redevance de 0,75 % que l’opérateur de mobile money MTN voulait appliquer aux virements directs des portefeuilles électroniques vers les comptes bancaires. La décision, saluée par l’organisation de défense des consommateurs CUTS International, est intervenue après un tollé de l’opinion et de l’opposition, qui dénonçait un retour déguisé de la controversée taxe électronique (E-Levy). Le chef de la majorité parlementaire, Rockson-Nelson Dafeamekpor, a balayé cette analogie, rappelant que seul le Parlement peut créer un impôt et qu’une simple redevance instaurée par un acteur privé ne saurait être assimilée à un prélèvement public. Pour les analystes ouest-africains, taxer un transfert de fonds entre deux comptes appartenant au même usager contredit la philosophie d’interopérabilité promue par la Banque centrale, qui entendait justement abolir les barrières entre mobile money et système bancaire classique. L’affaire illustre la tension qui parcourt tout le continent : comment financer l’État sans étouffer une révolution numérique encore fragile ni rompre le pacte d’inclusion avec les plus modestes.
Au Kenya, une inquiétude analogue monte autour du projet de loi de finances 2026 dont la phase de participation publique s’est achevée fin mai. Le Parlement doit désormais démêler le vrai du faux dans les représentations des clauses fiscales, tandis que la presse économique de Nairobi souligne que les comtés traînent une ardoise de 183 milliards de shillings et sont appelés à renoncer aux contrats qu’ils ne peuvent honorer. Une conférence nationale sur la productivité tentera en juin d’imposer un basculement culturel : mesurer les résultats plutôt que les efforts. Pendant ce temps, la compagnie des eaux de Nairobi pénalise les branchements illégaux dans les quartiers d’Utawala et Mihango, rappelant que la quête de recettes des services publics ne peut s’affranchir de l’équité territoriale. L’Est africain montre ainsi que la pression budgétaire ne se limite pas aux taxes numériques mais traverse tous les étages de la gouvernance.
Les ressources naturelles offrent un autre miroir de ces contradictions. Selon la Chambre des mines du Ghana, le pays regorge de réserves d’or encore inexploitées, alors que le débat oscille entre nationalisation pure et simple et transformation structurelle. Le nouveau Conseil de l’or (GoldBod) a signé un accord de raffinage pour retenir davantage de valeur ajoutée sur le sol national, tandis qu’un économiste ghanéen, Adu Owusu Sarkodie, juge que les retombées fiscales du secteur extractif restent très en deçà de son poids réel. Des experts comme Gideon Ayi Owoo, de Deloitte Afrique, plaident pour inscrire dans les contrats miniers des conditions impératives d’industrialisation. À l’échelle continentale, les banques centrales poussent la diversification de leurs réserves : l’or représente désormais 17 % des avoirs extérieurs africains, un thème qui sera au cœur de la table ronde des gouverneurs de la Semaine minière africaine au Cap en octobre 2026.
La crise climatique ajoute une couche de pression. Des diplomates panafricains réunis à Accra alertent : sans protection des cours d’eau, l’accès à l’eau potable pourrait devenir prohibitif d’ici cinquante ans. L’Alliance pour une révolution verte en Afrique pousse l’Éthiopie, le Ghana et le Kenya à construire des filières sans déforestation, en conformité avec le nouveau règlement européen. Les énergies solaire et éolienne gagnent du terrain, comme en témoigne l’accord sino-zambien de 1,5 milliard de dollars alliant renouvelables et charbon, signe que la transition se veut pragmatique mais que l’équation entre urgence climatique et droit au développement reste entière. Un éditorialiste indonésien résume l’ironie : pousser à la fin des fossiles sans garantir des infrastructures de substitution équivalentes revient à exiger d’un pays qu’il saute sans s’assurer qu’un pont l’attend de l’autre côté.
En définitive, ces lignes de fracture obligent à dépasser une approche purement extractive des finances publiques. En Afrique de l’Ouest, des voix proposent un fonds de reconversion durable pour les jeunes impliqués dans l’orpaillage illégal, la régularisation des métiers numériques plutôt que leur taxation précipitée, et un renforcement de la protection des usagers des services financiers mobiles. En Afrique de l’Est, l’heure est à une gestion plus rigoureuse des dettes infranationales et à une meilleure lisibilité des projets de loi de finances. La convergence de ces expériences suggère qu’aucune souveraineté économique ne se consolidera sans un pacte de transparence entre l’État, les citoyens et les investisseurs.
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