Carburants : la Suède entre baisses de prix et dilemme climatique européen
La cinquième baisse consécutive du prix à la pompe en Suède s’accompagne d’un débat explosif sur les taxes, entre tentation de les réduire sous le seuil européen et rejet d’une hausse « verte ». L’Allemagne, elle, voit le diesel redevenir moins cher que l’essence.

La Suède a enregistré, mercredi 26 mai, une cinquième baisse hebdomadaire consécutive des carburants : les grandes chaînes ont réduit le prix de l’essence et du diesel de 55 öre par litre, portant le litre de sans‑plomb sous la barre des 18 couronnes pour les particuliers. Ce reflux est directement lié à l’espoir d’un apaisement au Moyen‑Orient, qui a détendu les cours du brut. Pourtant, les tarifs demeurent très supérieurs à ceux pratiqués avant l’invasion de l’Ukraine fin février 2022 – l’essence valait alors un peu plus de 15 couronnes, le diesel environ 17 –, et cela en dépit d’une baisse fiscale gouvernementale de 1 couronne sur l’essence et de 40 öre sur le diesel.
À Berlin, la normalisation du marché pétrolier s’est manifestée par le retour à une hiérarchie traditionnelle : le diesel est redevenu moins cher que l’essence, après des semaines où la situation inverse prévalait. Selon les données du 26 mai, le litre d’E10 s’affichait en moyenne à 1,96 euro dans le pays, contre 1,93 euro pour le gazole. Ce rétablissement rappelle que ces deux carburants obéissent à des logiques de raffinage et de demande distinctes, indépendamment des écarts de fiscalité qui, en Allemagne comme ailleurs, avantagent le diesel.
Mais c’est à Stockholm que le débat fiscal prend une tournure particulièrement aiguë. Le gouvernement a soumis en consultation, en un temps record d’une semaine, un projet d’abaissement temporaire des taxes sur les carburants fossiles de 2,40 couronnes par litre, passant sous les niveaux minimaux fixés par l’Union européenne pour la période du 1er juillet au 30 novembre 2026, en plus des allègements déjà décidés. La mesure a reçu un accueil glacial : sur l’ensemble des instances consultées, une seule s’est déclarée favorable, rapporte le secrétariat 2030, quand la plupart l’ont explicitement rejetée ou ont émis de vives réserves. L’organisation professionnelle Drivkraft Sverige a ainsi prévenu qu’une telle décision « complique la transition » et risque de diminuer la volonté d’investir dans des solutions sobres en émissions, alors même que les prix suédois ne sont pas plus élevés que chez les voisins.
Comme pour accroître la confusion, un rapport commandé par l’exécutif lui‑même propose d’augmenter le prix à la pompe d’environ 3 couronnes afin d’atteindre les objectifs climatiques de 2045 et les engagements européens. Son auteur, Svante Mandell, plaide pour un alignement sur les niveaux de prix des pays limitrophes, tout en précisant que cette hausse ne devrait pas intervenir en pleine crise énergétique. La ministre concernée a toutefois immédiatement balayé l’idée, illustrant le grand écart entre les impératifs de long terme et les pressions sociales immédiates.
L’imbroglio suédois témoigne des tensions qui traversent le continent. En cherchant à passer sous le plancher fiscal européen, Stockholm risque d’encourager un dumping réglementaire qui saperait la cohérence de la stratégie climatique communautaire, au moment où plusieurs États membres peinent à concilier pouvoir d’achat et décarbonation. L’exemple allemand montre par ailleurs que les marchés corrigent parfois seuls les anomalies de prix, rendant d’autant plus fragile l’édifice de taxes et de subventions. Reste à savoir si ce cinquième repli consécutif sera suffisant pour apaiser les automobilistes suédois, ou s’il ne fera que retarder les choix structurels.
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