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mercredi 27 mai 2026 · Édition de 10:00 CET

Quand l’Inde et le Brésil misent sur la tokenisation pour moderniser leurs marchés

L’Inde accélère la réforme de son marché obligataire et le régulateur brésilien prépare une consultation publique sur la tokenisation, tandis que la numérisation des services publics indiens suscite à la fois espoirs et controverses.

Finance5 sources3 langues3 min de lectureMàj 14:04

Au même moment, à des milliers de kilomètres de distance, l’Inde et le Brésil affichent un même élan vers la finance dématérialisée. Le gendarme boursier indien, la Securities and Exchange Board of India (Sebi), a annoncé le lancement prochain de projets pilotes de tokenisation d’obligations, tandis que la Comissão de Valores Mobiliários (CVM) brésilienne prévoit de soumettre d’ici la fin de l’année une consultation publique sur les règles encadrant la tokenisation des actifs financiers. Ces deux signaux, venus de New Delhi et de Brasília, illustrent une volonté partagée des grandes économies émergentes de recourir à la blockchain pour élargir l’accès aux marchés de capitaux tout en modernisant les infrastructures post-négociation — dépositaires centraux, teneurs de registres ou chambres de compensation.

Ce mouvement s’inscrit, du côté indien, dans une refonte plus vaste du marché de la dette domestique. Le président de la Sebi, Tuhin Kanta Pandey, a plaidé pour un développement parallèle des obligations d’entreprises et de l’éducation des investisseurs, estimant que le pays reste trop dépendant du financement bancaire. Outre la tokenisation, le régulateur envisage d’introduire des fonds indiciels cotés (ETF) et des produits dérivés obligataires, tout en réexaminant les obligations de transparence imposées aux entités cotées uniquement par dette, jugées trop calquées sur celles des sociétés actions. L’encours des emprunts d’entreprises a ainsi bondi de 17 500 milliards à plus de 59 000 milliards de roupies en une décennie, signe d’un marché en pleine expansion mais encore trop étroit.

Parallèlement, l’Inde cherche à numériser ses services publics éducatifs. Le ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, a réuni les dirigeants de quatre grandes banques publiques — State Bank of India, Bank of Baroda, Canara Bank et Indian Bank — pour refondre la passerelle de paiement du Central Board of Secondary Education (CBSE). L’objectif : fluidifier les transactions liées aux services post-examen, comme les demandes de réévaluation ou l’obtention de copies numérisées, et garantir un remboursement automatique en cas d’échec technique. Cette initiative, typique de la gouvernance technophile de l’exécutif, entend répondre aux frustrations récurrentes de millions de candidats.

Elle se heurte pourtant à une brusque polémique. Le dirigeant de l’opposition, Rahul Gandhi, a dénoncé le jour même une « falsification massive » des résultats du CBSE, réclamant une enquête judiciaire indépendante et la constitution d’une équipe spéciale d’investigation. L’accusation a aussitôt enflammé les réseaux sociaux, où des parents et des élèves ont fait part de leur désarroi. Sans remettre en cause le principe de la dématérialisation, cet épisode souligne combien la confiance dans les infrastructures numériques publiques demeure fragile, surtout lorsque des destins scolaires sont en jeu.

Au-delà de ces secousses, l’Inde et le Brésil affrontent un défi commun : conjuguer innovation réglementaire et robustesse institutionnelle. La tokenisation, si elle promet de réduire les coûts et d’élargir la base d’investisseurs, ne produira ses effets qu’à condition de repenser en profondeur l’ensemble de la chaîne de traitement des titres, comme le rappelle le superviseur brésilien. L’effervescence réformatrice observée à Mumbai comme à São Paulo témoigne d’une mutation accélérée du capitalisme émergent, mais aussi de la vigilance nécessaire pour que la technologie ne creuse pas, par accident, les déficits de gouvernance qu’elle prétend combler.

Cette actualité est parue dans

5 sources · 3 langues · fenêtre 24 h

The Economic Times27 mai, 02:14
ABP News27 mai, 10:26
The Times of India27 mai, 00:15
Valor Econômico27 mai, 10:23
The Hindu27 mai, 04:16