SK Hynix et Micron, nouveaux géants à 1 000 milliards de dollars sous l’effet de l’IA
La capitalisation boursière du sud-coréen SK Hynix a franchi le seuil symbolique des 1 000 milliards de dollars, rejoignant Samsung et l’américain Micron dans un club élitiste porté par l’explosion de la demande de puces mémoire pour l’intelligence artificielle.

Le 27 mai, le fabricant sud-coréen de semi-conducteurs SK Hynix a vu sa valorisation dépasser pour la première fois les 1 000 milliards de dollars, quelques heures seulement après que son concurrent américain Micron Technology eut atteint le même seuil. Ces deux nouveaux entrants rejoignent Samsung Electronics – déjà membre de ce club depuis début mai –, consacrant ainsi la domination des mémoires à haute bande passante (HBM) dans la révolution de l’intelligence artificielle. L’action SK Hynix a clôturé en hausse de 9,3 %, poussant l’indice Kospi de Séoul à un record. À Wall Street, l’indice Nasdaq-100 venait de franchir les 30 000 points, tandis que le Nikkei japonais effleurait les 66 000 points en séance.
Derrière cette fièvre boursière se lit une mutation industrielle profonde. Les puces HBM, conçues pour épauler les processeurs graphiques des centres de données d’IA, sont devenues un goulot d’étranglement stratégique. SK Hynix, fournisseur clé de Nvidia, a vu son cours quadrupler en un an, stimulé par une offre qui peine à suivre la demande. Selon des analyses financières relayées à Moscou, le déficit de mémoire vive ne devrait pas se résorber avant 2028, ce qui assure aux trois grands producteurs – SK Hynix, Samsung et Micron – des perspectives de prix soutenues et des marges exceptionnelles. La banque UBS a même triplé son objectif de cours pour Micron, jugeant que l’entreprise est devenue un pilier structurel de l’IA.
L’onde de choc ne s’arrête pas aux frontières de la péninsule coréenne. Au Japon, les valeurs liées aux équipements de semi-conducteurs, comme Tokyo Electron et Advantest, ont bondi, propulsant le Nikkei à des sommets inédits. En Europe, le boom touche également des entreprises allemandes de la filière, observe-t-on à Francfort, où l’indice des valeurs technologiques a suivi le mouvement. Ce contraste avec les craintes géopolitiques – notamment les tensions au Moyen-Orient qui pesaient sur le Dow Jones – illustre à quel point l’intelligence artificielle dicte aujourd’hui sa propre grammaire boursière, dissociée des cycles traditionnels.
L’entrée de SK Hynix, dix-septième entreprise mondiale à franchir ce cap, souligne un basculement géoéconomique. L’Asie, avec TSMC, Samsung et désormais SK Hynix, concentre l’essentiel de la production de puces avancées, ne laissant que Micron comme acteur américain de masse dans le domaine des mémoires HBM. Pour les capitales européennes et les observateurs francophones soucieux de souveraineté technologique, cette hégémonie asiatique et américaine ravive les interrogations sur la dépendance des industries du Vieux Continent, au moment où Bruxelles peine à faire émerger des champions locaux dans les semi-conducteurs de pointe. Le club des mille milliards, longtemps apanage des plateformes numériques, s’élargit ainsi aux maillons les plus physiques de la chaîne de l’IA, rappelant que la puissance de calcul a son ancrage matériel, aujourd’hui largement asiatique.
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