Le Nikkei franchit brièvement les 66 000 points, porté par l'effervescence des semi-conducteurs
L'indice japonais a touché un sommet historique en séance mercredi avant de retomber quasi à l'équilibre, illustration d'un marché concentré sur les valeurs technologiques dopées par l'IA.

La Bourse de Tokyo a vécu une matinée d'euphorie aussitôt douchée. Mercredi, l'indice Nikkei 225 a bondi de 2,20 % pour s'arroger un pic intraday inédit à 66 428,81 points, franchissant pour la première fois la barre symbolique des 66 000, tandis que l'indice élargi Topix inscrivait lui aussi un record en séance, à 3 971,77. Mais la dynamique s'est rapidement essoufflée : les prises de bénéfices ont ramené le Nikkei à 64 999,41 points à la clôture, un gain dérisoire de 3,32 points par rapport à la veille, confirmant la volatilité d'un marché suspendu aux humeurs de Wall Street.
Ce coup de projecteur soudain trouve sa source outre‑Pacifique. La veille, les valeurs américaines des semi-conducteurs ont flambé, emmenées par Micron Technology, dont les perspectives explosent sous l'effet de la demande insatiable en puces mémoire destinées aux centres de données d'intelligence artificielle. L'onde de choc a traversé le Pacifique, propulsant à Tokyo les titres des fabricants de composants électroniques et des équipementiers de semi-conducteurs. Comme le résumait Kazuaki Shimada, stratège chez IwaiCosmo Securities, « l'argent des investisseurs se concentre sur les actions des puces qui s'envolent, délaissant les valeurs plus traditionnelles tant que la technologie délivre des rendements solides ».
Ce contraste entre l'euphorie technologique et la retenue des autres secteurs s'est aussi manifesté dans le décalage entre les places américaines. Tandis que le S&P 500 et le Nasdaq atteignaient des records en clôture, le Dow Jones a reculé, plombé par le retour des inquiétudes géopolitiques, notamment les frappes américaines en Iran et la fragilité des pourparlers de paix au Moyen‑Orient. La Bourse japonaise, dépourvue de relais internes, a donc répliqué mécaniquement cette divergence, en accentuant la prime aux semi-conducteurs portés par l'IA.
Pour les investisseurs européens, cet épisode nippon résonne comme une piqûre de rappel. Les places du Vieux Continent, et singulièrement le compartiment technologique du CAC 40, bénéficient elles aussi du même puissant courant haussier sur l'intelligence artificielle. Mais l'extrême concentration des flux sur une poignée de titres – au Japon comme aux États‑Unis – expose les indices à des corrections brutales dès que la rotation sectorielle s'opère ou que des signes de surchauffe apparaissent. La matinée de Tokyo illustre ainsi moins une vigueur retrouvée qu'une dépendance accrue au récit de l'IA, dans un contexte mondial où la moindre ombre géopolitique peut renverser la tendance.
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