Entre infirmerie et flou réglementaire, l’Argentine retient son souffle avant le Mondial
Alors que plusieurs cadres restent incertains pour le début de la Coupe du monde, le sélectionneur argentin retarde la désignation du remplaçant de Leonardo Balerdi, s’appuyant sur une exception du règlement de la FIFA.

À une semaine de son entrée en lice face à l’Algérie, l’Argentine aborde son dernier match amical contre l’Islande dans un climat d’incertitude inhabituel pour le champion du monde en titre. Lionel Scaloni, contraint de recomposer une liste fragilisée par les blessures, a confirmé lundi que Lionel Messi, ménagé jusque-là en raison d’une fatigue musculaire, retrouvera la pelouse du Jordan-Hare Stadium d’Auburn, en Alabama. Mais l’essentiel de la conférence de presse du sélectionneur a porté sur l’absence du défenseur Leonardo Balerdi, victime d’une déchirure au mollet droit, et sur le remplaçant qu’il tarde à nommer, exploitant la latitude qu’offre le règlement de la FIFA pour différer un choix devenu cornélien.
La presse argentine, de Clarín à La Gaceta en passant par Los Andes, décortique depuis quarante-huit heures l’article 24 du règlement du Mondial 2026, qui autorise un changement dans la liste définitive de 26 joueurs jusqu’à vingt-quatre heures avant le coup d’envoi du premier match. Si la règle prévoit que le remplaçant soit normalement issu de la liste provisoire de 55 noms déposée en mai, une exception permet de solliciter un joueur extérieur « en cas de circonstances exceptionnelles ». Cette brèche ouvre un champ de spéculations dans les médias de Buenos Aires, qui évoquent la piste du milieu offensif Emiliano Buendía, auteur d’une saison remarquée, plutôt qu’un défenseur central supplémentaire. Scaloni lui-même a soufflé sur les braises en déclarant que le secteur défensif était « couvert » et qu’il envisageait « d’autres postes ».
Cette valse-hésitation est d’autant plus scrutée que plusieurs titulaires, dont Nahuel Molina, Gonzalo Montiel et Leandro Paredes, poursuivent des programmes de rééducation individualisée et n’ont pas participé au moindre entraînement collectif. Les médias algériens, notamment le quotidien Echorouk, y voient les signes d’une fébrilité chez le champion du monde. Ils soulignent que « huit joueurs supplémentaires » seraient incertains, dressant le portrait d’une Albiceleste loin de sa souveraineté affichée au Qatar en 2022. Ce cadrage, qui contraste avec la tonalité rassurante de la presse sportive argentine, révèle combien le statut de favori se double désormais d’une vulnérabilité stratégique que les adversaires scrutent avec gourmandise.
Le choix du Jordan-Hare Stadium pour cette répétition générale ajoute une touche d’étrangeté à la préparation. Construit en 1939 pour le football américain universitaire, ce temple de 88 000 places n’avait jamais accueilli un match de football, rappellent les correspondants de TN et de La Gaceta. La conversion éphémère du stade, au cœur d’un État où le soccer reste une curiosité, symbolise la mondialisation accélérée du tournoi nord-américain, de même que l’incident diplomatique provoqué par l’expulsion de l’équipe de TN de la conférence de presse de Scaloni, épisode révélateur des tensions entre la presse nationale et l’encadrement sécuritaire de la sélection.
Alors que les projecteurs se braquent sur le premier match contre l’Algérie, l’Argentine avance masquée. La presse anglophone, à l’image d’Emirates 24/7, se focalise sur la dimension historique d’un Messi qui, à 38 ans, est en passe de disputer sa sixième Coupe du monde aux côtés de Cristiano Ronaldo. Mais derrière le symbole, c’est bien la profondeur d’effectif et l’agilité tactique d’un sélectionneur qui joue la montre qui détermineront si l’Albiceleste peut soutenir la comparaison avec les sélections européennes et africaines montantes. En repoussant l’annonce du remplaçant de Balerdi jusqu’au 15 juin, Scaloni s’offre le luxe de jauger les dernières incertitudes physiques et de maximiser l’effet de surprise – un luxe que le règlement tolère, mais que la pression populaire et médiatique rend chaque jour plus coûteux.
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