Tunisie : la lourde peine de Ghannouchi et le crépuscule d’Ennahdha
Le leader d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, a été condamné à la prison à vie dans l’affaire de l’« appareil secret ». Une décision qui illustre la dérive autoritaire du président Saïed et questionne l’avenir de l’islam politique.

Dans la Tunisie post-révolutionnaire, la condamnation à la prison à vie de Rached Ghannouchi, figure historique de l’islam politique, constitue un tournant. Le chef du parti Ennahdha, âgé de 84 ans, déjà lourdement condamné par le passé, s’est vu infliger cette peine maximale par le pôle pénal antiterroriste de Tunis, dans l’affaire dite de « l’appareil secret ». Ce verdict, rendu public le 2 juin, s’accompagne d’une peine additionnelle de 32 ans, et illustre la volonté du régime de Kais Saïed d’éradiquer toute opposition structurée.
Les magistrats ont reconnu Ennahdha et ses dirigeants coupables d’avoir mis en place, au sein même du mouvement, un dispositif clandestin à des fins terroristes. L’ancien premier ministre Ali Larayedh a écopé de 42 ans de prison, tandis que l’officier à la retraite Kamal Badawi a été condamné à la perpétuité assortie de 32 années supplémentaires. Au cœur des accusations, la création d’une milice qui aurait planifié des actes de violence, mais aussi l’envoi de combattants vers la Syrie et l’Irak. Des charges que les prévenus et leurs partisans jugent politiques, forgées de toute pièce pour justifier la répression.
Rached Ghannouchi, élu triomphalement en 2011 lors des premières législatives libres après la chute de Ben Ali, a longtemps incarné un islamisme « modéré », capable de compromis. Mais son maintien au pouvoir, puis l’élection en 2019 du constitutionnaliste Kais Saïed, ont précipité le basculement autoritaire du pays. Élu avec un fort capital de sympathie, le président s’est employé à dissoudre le Parlement, à contrôler la justice et à museler les médias. Sa réélection en 2024, avec plus de 90 % des voix et une participation dérisoire, a été perçue par la communauté internationale comme une mascarade. Dès lors, les poursuites contre les figures d’Ennahdha se sont multipliées, Ghannouchi ayant déjà été incarcéré en 2023.
Au-delà du sort personnel des accusés, cette décision judiciaire scelle le déclin de l’islam politique en Tunisie. Les analystes du monde arabe estiment que le verdict ouvre la voie à des mesures administratives et légales contre Ennahdha en tant que formation, pouvant aller jusqu’à sa dissolution. Pour le président Saïed, il s’agit d’achever la déconstruction du système partisan post-2011, mais aussi de prévenir tout retour en force d’une mouvance qui a dominé la décennie passée. La Tunisie, pionnière des printemps arabes, semble désormais s’enfoncer dans une ère de verrouillage où l’État de droit n’est plus qu’un souvenir.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
Le chef de l’opposition Rached Ghannouchi, figure de la transition démocratique, est condamné à perpétuité par une justice inféodée à un pouvoir devenu autoritaire. Cette énième condamnation d’un adversaire politique aggrave la dérive du président Saied, qui après la mascarade électorale de 2024 réprime toute voix dissidente sous couvert de lutte antiterroriste.
Un tribunal tunisien referme le dossier de l’« appareil secret » d’Ennahda en condamnant à perpétuité son chef historique. Les lourdes peines pour terrorisme viennent clore un chapitre de la lutte contre l’islam politique lié aux Frères musulmans, avec des répercussions juridiques et politiques qui dépassent le cercle des condamnés.
Déjà condamné à 40 ans de prison, Rached Ghannouchi écope de la perpétuité assortie de 32 ans dans l’affaire de l’« appareil secret ». Les peines extrêmement lourdes infligées aux anciens dirigeants du parti au pouvoir suscitent des interrogations sur l’usage de la justice antiterroriste.
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