TotalEnergies : une assemblée générale sous la pression d'une fronde fiscale
Sécurisé comme une forteresse, le siège de TotalEnergies à La Défense accueille une AG crispée par les appels à taxer les superprofits, tandis que le gouvernement temporise.

Le quartier d’affaires de La Défense, aux portes de Paris, s’est transformé en camp retranché ce vendredi pour l’assemblée générale de TotalEnergies. Une trentaine de militants écologistes ont mis en scène un faux Emmanuel Macron alimentant avec des billets une canalisation de carton à destination d’un faux Patrick Pouyanné, le PDG du groupe. Cette action symbolique, rapportée par la presse italienne, illustre l’exaspération d’une partie de la société civile face aux bénéfices records engrangés par le géant pétrolier dans le sillage des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Les forces de l’ordre, déployées en nombre, ont cantonné la manifestation à l’extérieur des barrières métalliques, tandis que les actionnaires pénétraient dans la tour sous haute surveillance.
La polémique sur les « superprofits » s’est invitée au cœur des débats. Patrick Pouyanné a défendu avec vigueur des résultats qui « ne tombent pas du ciel », rappelant que le groupe avait plafonné les prix des carburants en France pour préserver le pouvoir d’achat des ménages. Cet argument de la responsabilité sociale est toutefois loin de convaincre une coalition hétéroclite d’ONG — Attac, Avaaz, 350.org — et de partis de gauche, qui réclament une taxe exceptionnelle de plusieurs milliards d’euros. La pression politique est d’autant plus vive que l’exécutif français, par la voix du ministre des PME Serge Papin, a écarté l’idée d’une surtaxe, estimant que TotalEnergies « faisait le job » en maintenant un bouclier tarifaire.
Cette controverse dépasse les frontières de l’Hexagone. En Italie, le spectacle de La Défense a été perçu comme le symptôme d’une colère grandissante dans les opinions publiques européennes, où le débat sur la taxation des énergéticiens a pris une ampleur inédite. À Bruxelles, la Commission a certes adopté un cadre temporaire pour prélever une contribution de solidarité sur les bénéfices exceptionnels, mais sa mise en œuvre reste disparate selon les capitales. Paris, qui privilégie une approche incitative et craint pour l’attractivité de son champion national, se retrouve ainsi en porte-à-faux avec des pays comme l’Espagne ou la Belgique, plus interventionnistes.
L’issue de cette assemblée générale pourrait peser sur la trajectoire stratégique de TotalEnergies. Alors que le groupe réaffirme ses investissements dans les énergies renouvelables, la fronde actionnariale et citoyenne risque d’accélérer les arbitrages internes. Dans un contexte de fragmentation géopolitique et de transition énergétique contestée, l’entreprise doit naviguer entre exigences de rentabilité, pressions réglementaires et aspirations sociétales. La crispation observée à La Défense n’est peut-être que le prélude d’une redéfinition plus profonde du contrat social qui lie les multinationales à leur terre d’origine.
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