Sous la pression de l’inflation, les ménages s’endettent toujours plus
Au Brésil, l’endettement des ménages atteint un niveau record ; en Colombie, le taux d’usure grimpe au-dessus de 28 %. Partout, l’inflation et les obligations sociales poussent au crédit, malgré les risques.

Les ménages du monde entier font face à un paradoxe douloureux : alors que les banques centrales durcissent leur politique monétaire pour juguler l’inflation, le recours au crédit ne cesse de croître, alimentant un endettement record. Au Brésil, le taux de familles endettées a atteint 80,9 % en avril, un sommet historique, sous l’effet conjugué des taux d’intérêt élevés, du coût de la vie et de l’essor des paris sportifs en ligne. En Colombie, le taux d’usure, qui plafonne les intérêts des cartes de crédit, a grimpé à 28,79 % en juin, soit une hausse de plus de 4 points depuis janvier, rendant les achats à crédit encore plus onéreux.
Cette frénésie de l’emprunt se manifeste de diverses manières selon les régions. En Argentine, dans la province de Tucumán, quatre véhicules neufs sur dix sont désormais achetés à crédit, souvent à taux zéro, une stratégie des concessionnaires pour relancer les ventes face à l’érosion du pouvoir d’achat. Au Brésil, le crédit consigné, prélevé directement sur les salaires, a dépassé les 100 milliards de reais, touchant 8,5 millions de travailleurs, car ses taux sont plus avantageux que ceux du crédit traditionnel. Mais ces facilités ont un revers : en Colombie, le durcissement du crédit pousse de nombreux ménages vers le marché des voitures d’occasion, dont les transferts ont augmenté de 6,5 % au premier trimestre, tandis que l’épargne en certificats de dépôt à plus de 13 % reste un luxe réservé à ceux qui peuvent immobiliser leur argent.
Les pressions sociales viennent amplifier cette mécanique. En Espagne, la « cuesta de primavera » – la pente financière du printemps, chargée de mariages, baptêmes et communions – met les budgets familiaux à rude épreuve, dans un contexte d’inflation persistante. En Iran, l’augmentation vertigineuse du prix de l’électroménager rend le trousseau de mariage hors de portée pour de nombreux couples : quatre appareils de base coûtent désormais l’équivalent de 36 mois de salaire minimum, et le prêt nuptial ne couvre qu’une infime partie des besoins.
À l’heure où les fêtes sociales et les aspirations à la consommation se heurtent aux réalités économiques, les ménages naviguent entre surendettement et stratégies de contournement. Les gouvernements latino-américains, en particulier, sont confrontés au défi de protéger les plus vulnérables tout en contenant l’inflation, un exercice d’équilibre périlleux. Pour l’instant, le crédit reste la variable d’ajustement d’un modèle de consommation qui semble avoir du mal à se résigner à la frugalité.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
En Amérique latine, la hausse des taux d’intérêt et l’inflation persistante rendent le crédit à la consommation de plus en plus coûteux, obligeant les ménages à peser des prêts onéreux pour acheter voitures, électronique ou profiter de la Coupe du monde. Tandis que certains se tournent vers le prêt sur salaire ou les dépôts à terme, l’endettement record des familles et le plafond de l’usure en hausse témoignent d’une pression financière croissante, les voitures d’occasion devenant l’alternative la plus abordable.
Dans l’Europe méditerranéenne, la « pente du printemps » faite de mariages et de rites sociaux, amplifiée par l’inflation, met à rude épreuve les budgets des ménages. Les gens voient leur portefeuille vidé par une avalanche de festivités, sans répit, brouillant la frontière entre folie saisonnière et drainage financier incessant.
En Iran, même l’équipement ménager de base pour le mariage est devenu inaccessible pour de nombreuses familles, les prix de l’électroménager flambant et les revenus stagnant. Le prêt au mariage officiel ne couvre qu’une fraction du nécessaire, transformant une étape traditionnelle en épreuve économique et soulignant le fossé grandissant entre aspirations et réalité.
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