Malgré les sanctions, les proches de Poutine voyagent en jets occidentaux
Une enquête du Wall Street Journal dévoile le réseau sophistiqué qui permet aux oligarques russes d’acquérir et d’utiliser des avions d’affaires Bombardier et Gulfstream, avec la complicité de juridictions non alignées sur les sanctions.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, les sanctions occidentales visaient à isoler l’élite russe. Pourtant, les proches de Vladimir Poutine continuent de sillonner le monde à bord de jets privés dernier cri, révèle une enquête du Wall Street Journal. Pour contourner les restrictions, un maillage d’entreprises intermédiaires achète des appareils sur le marché secondaire, avant de les immatriculer dans des pays comme les Émirats arabes unis, Oman, le Kazakhstan ou l’Afrique du Sud, tous restés en dehors des mesures punitives. Ces aéronefs, produits par les canadiens Bombardier et les américains Gulfstream, sont ensuite acheminés en Russie.
L’enquête cite des cas emblématiques. Sergueï Tchemezov, patron du conglomérat de défense Rostec et proche allié du président russe, utiliserait un Bombardier Global 7500, facturé environ 75 millions de dollars. Il s’envolerait régulièrement vers Dubaï, la Turquie et l’Asie du Sud-Est. Selon la presse russe, il aurait troqué ses villas en Espagne pour une résidence sur l’archipel artificiel de Palm Jumeirah, après l’imposition des sanctions. L’homme d’affaires Arkadi Rotenberg, autre pilier du système Poutine, posséderait pour sa part deux Bombardier Global depuis fin 2022.
La couverture médiatique de cette affaire varie selon les zones géographiques. Les médias russes indépendants, comme Meduza ou The Bell, mettent l’accent sur le train de vie ostentatoire d’une élite qui semble coupée des réalités nationales. La presse italienne, de La Stampa à Mediaset, souligne l’inefficacité des sanctions et évoque une « dolce vita » redirigée de l’Europe vers l’Asie. Le quotidien suédois Dagens Nyheter, lui, insiste sur l’accès à des jets de luxe malgré les mesures visant Moscou. Cette divergence de focales révèle un malaise : comment isoler une oligarchie qui trouve des alliés au-delà du bloc occidental ?
Ces révélations rappellent les contournements déjà observés avec les yachts ou les avoirs immobiliers. Elles illustrent la porosité d’un régime de sanctions fragmenté, où chaque État non aligné devient une brèche potentielle. Tant que des places financières et logistiques offriront un refuge, la capacité du G7 à entraver vraiment les déplacements et les signes extérieurs de richesse du cercle présidentiel russe restera limitée. À l’heure où les alliés de l’Ukraine cherchent à renforcer leur arsenal punitif, cette enquête sonne comme un aveu d’impuissance.
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