La fronde kényane contre un centre de quarantaine américain anti-Ebola
Un tribunal prolonge la suspension du projet, exigeant la transparence de l'accord avec Washington. Les manifestations ont fait deux morts.

Le 2 juin, un tribunal kényan a prolongé de trois semaines la suspension du projet américain de centre de quarantaine pour le virus Ebola à Nanyuki, dans le centre du pays. Cette décision intervient après des manifestations qui ont dégénéré, faisant deux morts et plusieurs blessés. Le projet prévoit une unité de 50 lits sur la base aérienne de Laikipia, destinée à accueillir des citoyens américains exposés au virus en République démocratique du Congo (RDC) ou en Ouganda. La justice exige désormais que le gouvernement kényan rende public l’accord passé avec Washington.
Du côté américain, le Dr Mehmet Oz, administrateur des Centers for Medicare & Medicaid Services, a défendu ce dispositif lors d’un point de presse à la Maison Blanche. Il a évoqué la nécessité d’une prise en charge rapide – une « heure d’or » – à proximité des foyers d’épidémie, plutôt que de rapatrier les patients outre‑Atlantique. Washington prévoit également de déployer des outils de dépistage dans les aéroports avant la Coupe du monde de football, craignant une propagation liée aux flux de voyageurs. Pourtant, une lettre ouverte signée par d’anciens responsables et experts de santé publique américains a mis en garde contre les « profondes préoccupations cliniques, éthiques, opérationnelles et juridiques » que soulève ce choix.
La population locale, elle, vit ce projet comme une manifestation de deux poids, deux mesures. « Tout le monde devrait être mis en quarantaine dans son propre pays », a déclaré Charles Mathenge, un chauffeur de taxi de Nanyuki. Un vendeur de souvenirs, David Mulinge, s’est dit choqué que les Américains refusent de soigner leurs malades chez eux. Ces réactions traduisent un ressentiment plus large contre ce qui est perçu comme une externalisation du risque sanitaire par une ancienne puissance coloniale. La presse latino‑américaine et européenne, du Brésil à la Suisse, a largement relayé ces tensions, y voyant un nouvel épisode des rapports asymétriques Nord‑Sud en matière de santé globale.
Malgré la décision de justice, des avions militaires américains auraient continué d’acheminer du personnel et du matériel, selon des sources diplomatiques citées par la presse japonaise et américaine. Le président kényan, tout en défendant l’accord, se trouve pris entre la pression de Washington et une opinion publique exaspérée. D’un côté, les États‑Unis mettent en avant la lutte contre Ebola et les investissements dans les traitements en Afrique ; de l’autre, ils ignorent les appels à la transparence et à la réciprocité. À l’heure où l’épidémie a déjà fait près de 250 morts en RDC, ce bras de fer risque de compliquer la coopération sanitaire internationale, alors même que la Coupe du monde menace d’accélérer la diffusion du virus.
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