L'UE valide la création de centres de « retour » hors de ses frontières
Bruxelles ouvre la voie à des hubs d'expulsion dans des pays tiers, malgré les réticences de Madrid et les critiques des droits de l'homme.

L'Union européenne a franchi lundi soir une étape décisive dans le durcissement de sa politique migratoire. Le Parlement et le Conseil sont parvenus à un accord politique sur le nouveau règlement « retours », pièce manquante du Pacte migration et asile, qui autorise les États membres à créer des centres d'expulsion – ou « hubs de retour » – dans des pays tiers. Ce texte, qui doit encore être formellement adopté, entend accélérer les renvois de migrants déboutés du droit d'asile et imposer des obligations strictes de coopération aux personnes sans titre de séjour. Il clôt une négociation menée sous la pression de la montée des partis anti-immigration à travers le continent.
Les motivations et les réactions diffèrent selon les régions. Un groupe de pays emmené par l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Autriche, le Danemark et la Grèce, soutenu par la Commission, veut lancer des projets pilotes dès cette année. La presse allemande révèle que Berlin cherche déjà activement des partenaires. L'Italie y voit une validation du modèle Meloni expérimenté en Albanie. En revanche, l'Espagne est le seul État membre à avoir exprimé une opposition claire, jugeant ces centres contraires aux principes de solidarité, comme le rapportent les médias ibériques.
Les regards se tournent vers les pays susceptibles d'accueillir ces installations. Selon des diplomates cités par la presse russe et européenne, des discussions exploratoires ont lieu avec huit à dix nations, dont le Kazakhstan et l'Ouzbékistan, mais aussi des États d'Afrique et des Balkans. L'idée, inspirée du controversé accord Italie-Albanie, prévoirait des compensations financières ou des allègements de visas. Le texte permet que ces hubs soient une destination finale ou un centre de transit vers le pays d'origine.
L'accord intervient alors que seuls 20 à 30 % des ordres d'expulsion sont exécutés, un argument mis en avant pour justifier la réforme. Les nouvelles règles élargissent le recours à la rétention et s'appliqueront aux familles avec mineurs – une disposition dénoncée par les organisations humanitaires, qui alertent sur les risques de violation du non-refoulement, notamment dans la presse scandinave.
Si le compromis constitue un tournant, sa mise en œuvre reste semée d'embûches juridiques et diplomatiques. L'opposition de la société civile, particulièrement en Scandinavie et en Espagne, pourrait freiner certains gouvernements. À terme, cette externalisation du contrôle migratoire redessine les relations entre l'Europe et ses voisins. Reste à savoir si les pays du Sud global accepteront de devenir les gardes-frontières de facto du Vieux Continent.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
Les médias d'Europe continentale présentent l'accord sur le règlement 'retour' comme la voie ouverte à des centres d'expulsion vers des pays tiers, en employant des termes alarmistes comme 'camps de renvoi' et en évoquant un virage trumpiste. Les ONG de défense des droits de l'homme dénoncent fermement cette sévérité accrue.
Les médias russes rapportent, d'après Politico, que le Kazakhstan et l'Ouzbékistan pourraient devenir des sites de centres de retour pour migrants, sur un ton neutre et teinté de scepticisme envers la politique migratoire de l'UE. Les débats sur l'exclusion des hommes ukrainiens du statut de protection temporaire viennent illustrer les incohérences européennes.
La presse anglo-saxonne présente le nouveau règlement européen sur les retours comme un alignement sur les méthodes de Trump, sous l'effet de la lassitude électorale et des demandes d'asile émanant de pays sûrs. L'accent est mis sur les pressions politiques, qui conduisent Bruxelles à adopter des pratiques naguère décriées.
La presse iranienne dénonce l'accord européen comme l'une des lois migratoires les plus controversées et les plus sévères de l'histoire de l'Union, élargissant les pouvoirs d'expulsion et autorisant des centres de retour à l'étranger. Ce virage fondamental de Bruxelles est imputé aux pressions politiques et à la montée des partis anti-immigration, sur fond d'alarme.
Cette actualité est parue dans
18 sources · 6 langues · fenêtre 24 h