Journée mondiale du vélo : des mégapoles du Sud réinventent la mobilité, entre carences et créativité
Officialisée par l’ONU, la Journée du vélo met en lumière les fractures infrastructurelles et les réinventions culturelles qui traversent les villes du Maroc, du Brésil et de Colombie.

Chaque 3 juin, la Journée mondiale de la bicyclette, voulue par les Nations unies, rappelle le potentiel immense de ce moyen de transport sobre et accessible. Pourtant, derrière l’unanimité des discours, un fossé persistant se creuse entre les promesses de mobilité durable et la réalité des infrastructures. Des ruelles de Rabat aux avenues de Rio de Janeiro, en passant par les ciclovías de Bogotá, la bicyclette cristallise à la fois les espoirs d’une transition écologique juste et les blocages hérités d’un urbanisme centré sur l’automobile.
Au Maroc, chercheurs et militants soulignent l’urgence d’une « révolution structurelle ». Pour Saïd Laâribi, professeur à l’université Ibn Tofaïl, l’adoption du vélo ne relève plus du loisir mais d’une nécessité pour réduire les émissions et améliorer la qualité de vie dans des métropoles saturées. Le constat est similaire à Rio de Janeiro, où Andrea Santos, de l’Université fédérale, lie le développement du réseau cyclable à un impératif d’équité : sans investissements massifs, les populations périphériques resteront exclues d’un mode de transport bon marché et sain. De part et d’autre de l’Atlantique, ces plaidoyers se heurtent à des budgets limités et à des arbitrages politiques encore timides.
Dans les Andes colombiennes, Bogotá offre un contrepoint saisissant. La capitale, qui enregistre plus de 886 000 trajets quotidiens à vélo, a su greffer une dimension sociale et festive à la pratique. La Ciclovía, née d’une initiative citoyenne en 1974, transforme chaque dimanche des artères majeures en corridors réservés aux piétons et aux cyclistes. La bicyclette y devient prétexte à des invitations galantes, des visites de musées ou des promenades avec des animaux de compagnie, immortalisées par milliers sur les réseaux sociaux. Cette appropriation culturelle, bien éloignée des seules considérations techniques, montre que l’engouement populaire peut précéder et même accélérer les politiques publiques.
La convergence des expériences marocaine, brésilienne et colombienne dessine ainsi une géographie contrastée de la mobilité cyclable. Le défi n’est plus seulement d’aménager des pistes, mais de transformer en profondeur la culture du déplacement et le partage de l’espace public. Les décideurs, au Nord comme au Sud, gagneraient à s’inspirer de ces laboratoires urbains où le vélo, bien au-delà d’un outil de transport, devient un vecteur de lien social et un levier pour repenser la ville du XXIe siècle.
Cette actualité est parue dans
3 sources · 3 langues · fenêtre 24 h