Hongrie : le crépuscule de Viktor Orbán ou la fin d’un modèle illibéral ?
Une participation historique, un opposant crédible et un système électoral verrouillé : le scrutin de ce dimanche pourrait mettre fin à seize ans de règne du national-populiste, allié de Trump et de Poutine.

Jamais, depuis la transition démocratique de 1989-1990, une élection législative n’avait suscité une telle mobilisation en Hongrie. Dès les premières heures du scrutin, le taux de participation pulvérisait les records : près de 38 % à la mi-journée, contre 25,7 % quatre ans plus tôt, selon les données de l’Office électoral national. Un élan civique que la presse italienne et allemande interprète comme le signe d’un pays conscient de vivre un moment de bascule, entre la perpétuation du « système Orbán » et l’espoir d’un retour à l’État de droit.
Après seize années d’exercice ininterrompu du pouvoir, Viktor Orbán, 62 ans, affronte pour la première fois un rival crédible en la personne de Péter Magyar. Cet ancien fidèle du Fidesz, 45 ans, a rompu avec le régime pour fonder le parti Tisza, qui promet une « réorientation européenne » et dont les sondages indépendants annoncent la victoire. Mais, ainsi que le soulignent les médias allemands, le Premier ministre sortant a verrouillé les institutions : une loi électorale taillée sur mesure, avec 106 circonscriptions majoritaires favorables au parti au pouvoir, et un quasi-monopole médiatique rendent tout changement arithmétiquement difficile. « Une seule élection ne suffira pas à abattre le système Orbán », prévient un analyste cité outre-Rhin.
L’enjeu dépasse largement les frontières hongroises. Pour les quotidiens espagnols, ce scrutin est un épisode de la « guerre idéologique mondiale » qui oppose les démocraties libérales aux régimes illibéraux, Orbán ayant érigé son gouvernement en modèle pour les droites radicales, de Washington à Moscou. Les sources américaines rappellent que le Premier ministre, allié affiché de Donald Trump et de Vladimir Poutine, a récemment reçu le vice-président J. D. Vance en meeting, tandis que son ministre des Affaires étrangères est soupçonné de s’être coordonné avec le Kremlin lors de négociations européennes sur l’Ukraine. La corruption, incarnée par des réalisations pharaoniques dans son village natal de Felcsút – un stade de 4 000 places pour une commune de moins de 2 000 âmes –, alimente le mécontentement.
Dans les bureaux de vote de Budapest, l’atmosphère est lourde d’attentes. « C’est notre dernière chance de changer », confie un électeur au HuffPost italien, tandis que La Vanguardia décrit une « atmosphère de fin d’empire ». Orbán, lui, se veut serein : « Je suis jeune, ce n’est pas ma dernière élection », a-t-il lancé aux journalistes, excluant de démissionner de la présidence du Fidesz sauf en cas de « lourde défaite ». Magyar, pour sa part, a exhorté les citoyens à exercer leur droit de vote, convaincu que « la victoire est possible ».
Quel que soit le résultat, la reconstruction démocratique sera longue. Même en cas d’alternance, l’appareil d’État hérité de l’orbánisme – magistrats, médias publics, administration – conservera une inertie considérable. Pour l’Union européenne, une défaite du « bad boy » de Bruxelles constituerait néanmoins un signal fort, susceptible de redessiner les équilibres internes au moment où les populismes nationaux cherchent à coaliser leurs forces. La Hongrie pourrait alors redevenir, selon le mot d’un correspondant italien, « un laboratoire du retour à l’Europe ».
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