Exportations latino-américaines : l’embellie des matières premières ravive les craintes de dépendance
Portées par le soja, le pétrole et les minerais, les ventes extérieures progressent en Amérique du Sud, mais les appels à la diversification et à la montée en gamme se multiplient.

La dynamique exportatrice de l’Amérique latine confirme sa vigueur en ce premier semestre 2026, portée par l’envolée des matières premières. Au Brésil, la récolte record de 180 millions de tonnes de soja a permis d’expédier 55,1 millions de tonnes vers l’étranger entre janvier et mai, générant 22,9 milliards de dollars de recettes, en hausse de 14,5 % sur un an. L’ensemble du secteur agroalimentaire brésilien affiche une progression de 7 % de ses exportations sur la période, confirmant le rôle moteur des protéines animales et des oléagineux. En Colombie, les ventes externes ont crû de 14,5 % en glissement annuel sur les quatre premiers mois, atteignant 18,4 milliards de dollars, grâce au pétrole, au charbon et aux produits miniers, dont les expéditions ont bondi de 14,6 %, malgré un soutien gouvernemental jugé insuffisant par les industriels.
En Argentine, la situation est plus contrastée. Si les exportations vers le Brésil ont progressé pour le troisième mois consécutif en mai (+2,8 %), le commerce bilatéral total a chuté de 11,8 % par rapport à mai 2025, à 2,52 milliards de dollars. Cette amélioration conjoncturelle ne masque pas une tendance de fond préoccupante : la « primarisation » croissante de l’économie. La Chambre argentine du commerce et des services (CAC) alerte sur l’érosion du nombre de produits exportés avec des avantages comparatifs, tombé à 515 contre un panier bien plus diversifié il y a vingt ans. « Avec les ressources naturelles, on ne va nulle part », a prévenu Natalio Grinman, président de l’organisation, insistant sur la nécessité d’investir dans l’éducation pour ajouter de la valeur aux productions.
À l’autre bout du monde, la province indonésienne de Java occidental affiche une trajectoire différente : un excédent commercial de 8,90 milliards de dollars sur janvier-avril 2026, porté par des exportations non pétrolières en hausse de 4,3 % (12,51 milliards). Ce dynamisme manufacturier contraste avec la dépendance sud-américaine aux ressources extractives et agricoles. Il rappelle que les excédents commerciaux durables exigent une diversification productive que la région peine à concrétiser, en dépit des discours volontaristes.
L’heure est donc à la réflexion sur les modèles de développement. Si les cours favorables du soja, du pétrole ou du lithium offrent une bouffée d’oxygène aux balances commerciales, ils exposent les économies latino-américaines à la volatilité des marchés et à la concurrence des productions à plus forte valeur ajoutée. Les appels à des politiques industrielles ambitieuses, couplées à des investissements massifs dans le capital humain, se multiplient, de Buenos Aires à Bogotá. Faute de quoi, le continent risque de rester prisonnier d’un cycle de prospérité éphémère, sans parvenir à transformer ses ressources en tremplin vers un développement inclusif et durable.
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