Des demandeurs d'asile iraniens expulsés vers la Centrafrique, malgré les protections juridiques
Washington a déporté une vingtaine de migrants, dont une militante pro-démocratie iranienne, vers la République centrafricaine, pays en proie à la violence, contournant ainsi les garanties légales contre les persécutions.

Une militante iranienne pro-démocratie, qui avait fui Téhéran et obtenu une protection juridique aux États-Unis, a été expulsée vers la République centrafricaine (RCA) à bord d’un vol affrété par l’administration Trump. Son avocate, Emily Trostle, a confirmé que l’appareil avait quitté la Louisiane dans la nuit du 11 au 12 juin, transportant une vingtaine de personnes originaires d’Iran, d’Afghanistan, de Turquie et de Géorgie. La presse américaine souligne le paradoxe : le département d’État déconseille formellement à ses citoyens de se rendre en RCA, pays de niveau 4, en raison des « troubles, de la criminalité, des enlèvements, des mines terrestres et du terrorisme ». Pourtant, c’est précisément là que ces migrants, dont certains bénéficiaient du statut de « withholding of removal » – une protection contre le renvoi vers un pays où ils risquent la torture – ont été envoyés.
Cette opération s’inscrit dans une nouvelle pratique systématique de déportations vers des « pays tiers », devenue un pilier de la politique migratoire de Donald Trump. La BBC en persan révèle que la RCA a récemment conclu un accord avec Washington pour accueillir des expulsés de nationalités variées, sans lien préalable avec le territoire centrafricain. Les médias de la diaspora iranienne, relayés par Al-Monitor, précisent que parmi les Iraniens menacés figuraient deux femmes converties au christianisme, dont le retour en Iran les exposerait à des persécutions. L’une d’elles, la militante, a effectivement été embarquée ; le sort des autres reste incertain. Des sources russes, citant Kommersant, ajoutent qu’un ressortissant turc fuyant des poursuites politiques se trouvait également à bord, élargissant le spectre des profils visés.
Les réactions internationales convergent pour dénoncer une mise en danger délibérée. L’organisation de défense des droits humains citée par The Independent qualifie ces vols de « condamnation à mort ». La presse africaine, notamment le quotidien nigérian The Punch, rappelle que la RCA est ravagée par des décennies de conflits armés et figure parmi les États les plus pauvres de la planète. L’envoi de personnes vulnérables dans un tel contexte, sans aucune attache locale, est perçu comme une externalisation cynique du risque, au mépris des obligations internationales de non-refoulement. Les médias indonésiens et bangladais, comme Tribunnews et Prothom Alo, y voient une controverse humanitaire majeure qui met en lumière l’opacité de ces transferts.
Au-delà du choc immédiat, cette déportation pourrait faire jurisprudence. Elle révèle une stratégie de contournement des protections accordées par les tribunaux d’immigration américains : plutôt que de renvoyer les demandeurs d’asile vers leur pays d’origine, l’administration les expédie vers un État tiers tout aussi dangereux, vidant de sa substance le principe de non-refoulement. L’Union européenne et l’Union africaine, jusqu’ici silencieuses, pourraient être amenées à réagir face à ce précédent qui banalise le transfert de populations fragiles vers des zones de crise. Reste à savoir si Bangui, qui a accepté cet accord sous une pression diplomatique ou financière mal connue, continuera à recevoir de tels vols, et quel sort attend les autres Iraniennes toujours sur le sol américain.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
U.S. media report on the deportation of migrants, including an Iranian activist with legal protection, to a conflict-ridden country that the U.S. itself warns against travel. The coverage highlights the contradiction in policy and the risks faced by deportees.
Iranian diaspora outlets condemn the U.S. for deporting Iranian asylum seekers, especially a female activist and a Christian convert, to a dangerous third country with no ties to them. They stress the threat of torture and persecution if sent to Iran, framing it as a violation of human rights.
African media report the arrival of a deportation flight carrying migrants from various countries to the Central African Republic, noting the U.S. policy of third-country deportations and the State Department's own travel warning against the nation. The tone is factual, focusing on the event.
Russian media pick up the Reuters report, emphasizing the U.S. government's contradictory stance of deporting refugees to a country it considers too dangerous to visit. They highlight the plight of the Iranian women and criticize the Trump administration's immigration crackdown.
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