De la salle de classe au télétravail : l’épuisement, nouveau mal du siècle ?
Une vague mondiale d’études et de témoignages révèle une société fissurée par l’anxiété au travail, la pression scolaire et l’effritement des liens, du Québec au Bangladesh en passant par l’Indonésie et l’Europe.

Le grand paradoxe du télétravail éclate au grand jour. Plébiscité depuis la pandémie — au point que certains salariés américains acceptent de perdre jusqu’à 10 % de leur revenu pour en bénéficier —, le travail à distance isole et fragilise. Une étude conjointe des universités de Harvard, de Virginie et de la Réserve fédérale américaine, publiée dans Science, démontre que les journées des télétravailleurs sont beaucoup plus solitaires que celles des employés de bureau, et que leur recours aux soins de santé mentale a bondi [A15]. Au même moment, la presse économique américaine observe que les salariés, même en congés, ne parviennent plus à déconnecter, une dépendance à l’hyper-disponibilité que les psychologues du travail interprètent comme une perte de repères entre valeur personnelle et productivité [A3], [A16].
Cette érosion du bien-être touche aussi les plus jeunes, et sur tous les continents. Au Québec, des centaines d’armes — couteaux, imitations d’armes à feu, machettes — ont été saisies ces dernières années dans les établissements scolaires [A4]. Le phénomène dépasse les portes des classes : les rixes éclatent dans les fast-foods, et les directions d’école se retrouvent à gérer des conflits qui empoisonnent la vie des adolescents bien au-delà des murs de l’institution [A10], [A14]. En Argentine, des agressions d’enseignants, comme celle survenue à Tandil, illustrent une hostilité grandissante que les experts attribuent à une violence sociale plus large, à la fragilité des liens et à l’affaiblissement de l’autorité adulte [A11]. Au Bangladesh, un constat similaire pousse à repenser l’école comme un véritable pôle d’attraction pour des élèves de plus en plus tentés par l’absentéisme et le recours aux cours privés [A6].
La jeunesse adulte n’est pas épargnée. En Indonésie, psychologues et médias alertent sur les signes discrets d’une « crise du quart de siècle » : repli sur soi, anxiété de carrière, surmenage mental. Les parents sont appelés à jouer un rôle d’écoute active et de soutien financier sans déresponsabiliser leurs enfants [A7], [A12], [A18]. Dans les pays du Golfe, le discours éducatif interroge la frontière entre la pression et la passion, rappelant que le langage employé par les adultes conditionne la perception que les jeunes ont de leurs propres difficultés [A17]. Ailleurs, la presse indonésienne décrit une dépression infantile qui, loin d’être anecdotique, toucherait environ 3 % des 3-17 ans, avec des répercussions sur le sommeil, l’appétit et la scolarité [A8].
Ce tableau mondial de fatigue émotionnelle ne serait pas complet sans mentionner l’usure des adultes. La ménopause, désormais moins taboue, sert parfois de diagnostic fourre-tout à des symptômes d’épuisement qui relèvent en réalité d’une accumulation de stress chronique [A1]. La psychologue argentine Alba Cardalda prévient que l’épuisement émotionnel s’installe insidieusement, par petites fissures quotidiennes [A13]. Face à cette opacité des sentiments, la presse ghanéenne insiste, elle, sur la nécessité vitale de l’honnêteté — envers soi-même comme envers les autres — pour restaurer une intégrité menacée par les silences et les traumatismes relationnels [A9], [A2].
Loin d’être une collection de malaises disparates, ces signaux dessinent les contours d’une société mondiale où les frontières entre travail, école et vie intime se brouillent dangereusement. La réponse ne saurait être uniquement médicale ou sécuritaire : elle exige une remise en question collective des cadres — professionnels, éducatifs, familiaux — qui, aujourd’hui, fabriquent de l’isolement au lieu de tisser du lien. Comme le suggèrent les initiatives de prévention dans les écoles québécoises [A14] et les appels à une éducation bienveillante au Bangladesh [A6], c’est par la reconstruction d’espaces d’écoute et de reconnaissance que passeront les prochaines politiques publiques.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
Des chercheurs tirent la sonnette d'alarme sur les effets du télétravail sur la santé mentale, un volet longtemps occulté par les débats sur la productivité et la satisfaction professionnelle. Le télétravail a quadruplé depuis 2020, mais ses coûts psychiques – isolement, épuisement – restent sous-estimés, la conversation publique continuant de privilégier flexibilité et gains économiques.
Télétravailler est plébiscité, au point que les salariés acceptent de perdre 4 à 10 % de revenus pour le conserver. Pourtant une étude parue dans Science révèle un revers désagréable : les télétravailleurs se disent plus isolés socialement, plus anxieux et plus déprimés que leurs collègues présents au bureau. Cette liberté adorée aurait un coût personnel insoupçonné.
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