Corps disparus, peines clémentes : les justices nationales face à leurs zones d’ombre
En Suède, la police rouvre une enquête pour meurtre près d’un puits de mine déjà théâtre d’une agression. En Australie, un procès sans cadavre interroge la fiabilité des investigations, tandis qu’au Brésil une condamnation scandalise.

Dans les forêts du Västmanland, en Suède, un ancien puits de mine vient d’être bouclé par la police pour une nouvelle enquête criminelle. Il s’agit du même trou où, en 2022, une femme avait été retrouvée grièvement blessée après avoir été violée et précipitée dans le vide ; l’agresseur avait alors été condamné pour tentative de meurtre. Aujourd’hui, l’unité des affaires non résolues – les « Kalla fall » – a rouvert un dossier pour meurtre, sur la foi de renseignements récents. Le terrain, jugé trop dangereux pour une descente humaine, pourrait être exploré par drone, signe que les techniques d’investigation scandinaves s’adaptent à la rudesse du paysage tout en ravivant l’espoir de résoudre des crimes oubliés.
À l’autre bout du monde, un tribunal de Brisbane, en Australie, est confronté à une difficulté inverse : juger un homme accusé du meurtre de sa compagne américaine, Priscilla Brooten, dont le corps n’a jamais été retrouvé. La défense a plaidé que la victime présumée, immigrée clandestine depuis des années, pourrait être toujours en vie et continuer à vivre « sous les radars ». L’avocat a fustigé une enquête policière « totalement inadéquate », soulignant la fragilité d’une accusation sans preuve matérielle. Ce procès illustre, dans la tradition de common law, la tension entre la présomption d’innocence et l’absence de dépouille, un défi que les juridictions francophones connaissent également, de la Belgique au Québec, dans les dossiers de disparitions non élucidées.
Au Brésil, c’est la lenteur et la clémence perçue du système pénal qui suscitent l’indignation. À João Pessoa, le frère de Luanna Alverga, tuée par son compagnon d’un coup de fusil en 2017, a dénoncé la condamnation de l’accusé à six ans de régime semi-ouvert, prononcée près de neuf ans après les faits. « Le crime paie », a-t-il lancé, exprimant un sentiment de défiance envers une justice qui, dans bien des pays d’Amérique latine, peine à conjuguer célérité et sévérité face aux féminicides.
En Norvège, un autre procès interroge les limites de l’intervention humaine dans la mort d’autrui. Le « dödshjälpare » Steinar Wangen, accusé d’avoir étouffé une Suédoise avec un coussin à Trollhättan, risque quinze ans de prison. Il reconnaît sa présence lors du décès mais nie toute violence, tandis que son avocat met en garde contre une atteinte à l’État de droit. L’affaire ravive le débat scandinave sur l’aide à mourir, entre compassion et prohibition pénale, et rappelle que la frontière entre accompagnement et homicide reste un terrain judiciaire miné.
De la mine suédoise au prétoire brésilien, ces affaires dessinent en creux les failles structurelles des systèmes judiciaires : délais excessifs, difficulté à établir la preuve sans corps, peines perçues comme dérisoires. Elles montrent aussi que la coopération transnationale et les technologies de recherche – drones, analyses ADN – redessinent peu à peu les contours de l’enquête criminelle, sans toujours combler le fossé entre la vérité judiciaire et l’attente des proches.
Cette actualité est parue dans
5 sources · 3 langues · fenêtre 24 h