Comment Pékin recrute des espions sur LinkedIn : l'alerte inédite des Five Eyes
Les services de renseignement américains, britanniques, canadiens, australiens et néo-zélandais dénoncent une campagne de « recrutement malveillant » visant leurs personnels via les plateformes d'emploi.

Dans une démarche qualifiée d'« inédite » par ses propres signataires, l'alliance de renseignement des « Five Eyes » (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) a émis le 3 juin un bulletin d'alerte conjoint. Le document, intitulé « Safeguarding our Secrets » (Protéger nos secrets), accuse les services de renseignement militaire chinois de multiplier les « recrutements malveillants » en ligne. Selon ce texte, Pékin utiliserait des plateformes professionnelles comme LinkedIn, Indeed et Upwork pour approcher d'anciens ou actuels fonctionnaires, militaires et détenteurs d'habilitations de sécurité.
Le modus operandi, minutieusement décrit par la branche chinoise de la presse d'opposition, repose sur un scénario en cinq phases. De fausses sociétés de conseil ou groupes de réflexion publient des offres d'emploi attrayantes – analyste en défense ou rédacteur géopolitique, par exemple. Après avoir épluché les curriculum vitæ, les agents organisent des entretiens virtuels pour évaluer les connaissances sensibles des candidats. Une fois la confiance établie, ils commandent des rapports sur des sujets ouverts, grassement rémunérés, avant d'exiger, sur des messageries cryptées, des informations non publiques sur des équipements ou des manœuvres militaires.
La couverture médiatique de cette alerte révèle des sensibilités géographiques distinctes. Au Royaume-Uni, le MI5 insiste sur la menace pesant sur les fonctionnaires britanniques, tandis qu'au Canada, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) met l'accent sur la protection de ses ressortissants. Le Japan Times, souvent relais des préoccupations américaines en Asie-Pacifique, souligne la recherche par Pékin d'un « avantage stratégique et tactique » sur l'alliance. Enfin, le South China Morning Post, basé à Hong Kong, se démarque en qualifiant l'avertissement de « sans précédent », une formulation qui trahit autant la gravité de la menace que la montée des tensions entre les deux blocs.
Cet épisode s'inscrit dans un climat global de défiance. Depuis plusieurs années, les capitales européennes, y compris Paris et Berlin, ont recensé des tentatives d'ingérence chinoises dans leurs administrations et leurs universités. Pourtant, le mécanisme des Five Eyes, hérité de la guerre froide et exclusivement anglophone, laisse de côté les puissances francophones. Cette fragmentation pourrait compliquer la coordination d'une riposte efficace, alors que la numérisation des échanges professionnels abolit les frontières. Reste à savoir si cette mise en garde poussera les plates-formes à renforcer leurs contrôles, ou si, comme le craignent certains experts, elle conduira à une surveillance accrue des chercheurs et consultants internationaux, au risque de brider la coopération académique et économique.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
Le discours du bloc atlantique accuse les services de renseignement militaires chinois d'exploiter systématiquement les réseaux professionnels comme LinkedIn pour cibler les personnels gouvernementaux et militaires, menaçant directement les secrets nationaux. L'avertissement, présenté comme une alerte conjointe inédite des Cinq Yeux, appelle à une vigilance maximale contre cette technique de recrutement insidieuse.
Le bloc nippo-coréen présente l'information comme une alerte de sécurité émise par l'alliance des Five Eyes, dénonçant l'utilisation agressive par la Chine de plateformes d'emploi en ligne pour espionner d'autres pays. Il souligne la rareté de l'avis conjoint et la gravité de la menace d'espionnage, dans un registre technique axé sur la protection des secrets.
Les médias d'État chinois balayent l'avertissement des Cinq Yeux comme une énième campagne de diffamation infondée attisant la 'menace chinoise', présentant Pékin en victime des tentatives occidentales de stigmatiser son essor technologique. Mettant en doute les preuves et les mobiles, ils suggèrent qu'il s'agit d'une manœuvre politique visant à contenir la Chine et à justifier des pouvoirs de surveillance accrus.
Cette actualité est parue dans
8 sources · 3 langues · fenêtre 24 h