Attaque d’un navire sud-coréen dans le détroit d’Ormuz : Séoul convoque l’ambassadeur iranien
L’enquête sud-coréenne pointe un missile antinavire de fabrication iranienne, sans toutefois désigner formellement Téhéran, ravivant le spectre d’une guerre de l’ombre dans le golfe Persique.

C’est une mise en demeure d’une fermeté inhabituelle de la part de Séoul. Le 27 mai, la Corée du Sud a convoqué l’ambassadeur iranien, Saeed Koozechi, pour lui signifier que l’attaque perpétrée le 4 mai contre le vraquier HMM Namu, près du détroit d’Ormuz, impliquait selon toute vraisemblance un missile antinavire de fabrication iranienne. Le premier vice-ministre des Affaires étrangères, Park Yoon-joo, a déclaré que « divers éléments de preuve convergent vers l’Iran », sans pour autant établir de responsabilité définitive. L’agence sud-coréenne Yonhap, citée par Interfax, précise que les projectiles appartiendraient à la famille « Nur », utilisée par la marine et les Gardiens de la révolution iraniens. Séoul exige de Téhéran des « mesures responsables » pour empêcher toute récidive, tout en évitant soigneusement une accusation officielle — un équilibre révélateur des marges de manœuvre diplomatiques dans une région sous tension. L’ambassadeur iranien a nié toute implication, affirmant que son pays n’a « pris aucune part » à l’incident, mais les autorités sud-coréennes estiment la probabilité qu’un autre État soit à l’origine de l’attaque « faible ».
Le 4 mai, le HMM Namu, opéré par le géant logistique sud-coréen HMM, était à l’ancre dans les eaux proches des Émirats arabes unis lorsqu’il a été frappé par deux objets aériens non identifiés, provoquant un incendie et endommageant la coque arrière inférieure. Le détroit d’Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole mondial, est depuis des années le théâtre d’une guerre de l’ombre entre l’Iran et les Occidentaux, marquée par des sabotages, des attaques de drones et des arraisonnements. Alors que les négociations sur le nucléaire iranien piétinent, cet incident relance les inquiétudes des chancelleries européennes, de Paris à Bruxelles, quant à la sécurité des voies maritimes et à la stabilité des approvisionnements énergétiques.
Pour Séoul, cet épisode ravive un contentieux latent. En janvier 2021, l’Iran avait saisi le pétrolier sud-coréen Hankuk Chemi dans le Golfe, officiellement pour pollution, mais en réalité sur fond de gel de milliards de dollars d’avoirs iraniens en Corée du Sud, conséquence des sanctions américaines. La libération du navire après trois mois avait été obtenue au prix d’un dégel partiel. Aujourd’hui, le ciblage d’un navire commercial sud-coréen avec un missile antinavire, si la responsabilité iranienne se confirme, marquerait une escalade dans les méthodes de pression de Téhéran, qui cherche à obtenir des concessions financières tout en évitant un affrontement direct avec Washington.
La retenue sémantique de Séoul — protester sans accuser — répond à une logique de préservation des canaux diplomatiques, mais elle illustre aussi l’embarras d’une puissance moyenne asiatique prise en étau entre son alliance avec les États-Unis et ses intérêts économiques avec l’Iran. La mission navale européenne EMASoH, qui surveille le détroit, pourrait voir son rôle revalorisé. À plus long terme, l’absence de mécanisme de désescalade robuste dans le Golfe expose les flottes marchandes, et au-delà les économies connectées, de l’Afrique subsaharienne au Québec, à une vulnérabilité chronique. Seule une relance crédible du processus diplomatique sur le nucléaire iranien semble en mesure de dissiper ce climat de guérilla maritime.
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