Allemagne : défiance record envers Merz et poussée de l’extrême droite
L’impopularité inédite du chancelier Friedrich Merz, conjuguée à l’essor de l’AfD, met en lumière les fractures allemandes et ravive le débat sur le dialogue avec Moscou.

Les nuages s’accumulent sur la chancellerie de Friedrich Merz. Selon un sondage INSA commandé par Bild et relayé par les médias russes, 77 % des Allemands désapprouvent son action, un record absolu un an après son entrée en fonction. Dans le même temps, la presse arabe souligne l’alerte lancée par le chancelier conservateur : les élections régionales de septembre en Saxe-Anhalt et Mecklembourg-Poméranie-Occidentale pourraient provoquer un « big bang » politique, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) étant donné largement en tête dans ces Länder de l’Est. Cette mise en garde intervient alors que, d’après la même enquête d’opinion, 74 % des citoyens ne croient pas que la coalition noir-rouge puisse sauver les assurances sociales et 66 % n’attendent aucune grande réforme avant l’été.
Le malaise ne se limite pas à la sphère sociale. Côté russe, le député fédéral Steffen Kotre, de l’AfD, met en cause les choix énergétiques et géopolitiques de Berlin : il chiffre à 15 % la perte de production industrielle allemande depuis 2018, conséquence directe, selon lui, de la flambée des prix de l’énergie et des sanctions antirusses. La remise en service du gazoduc Nord Stream, techniquement possible, est bloquée par l’absence de volonté politique, tant à Berlin qu’à Bruxelles, insiste l’élu. Son parti martèle qu’« une sécurité européenne durable ne peut se construire qu’avec la Russie, pas contre elle », une position qui trouve un écho dans les milieux économiques étranglés par la désindustrialisation.
Le contraste est saisissant avec le discours officiel russe. Depuis Moscou, la présidente du Sénat, Valentina Matvienko, oppose la politique sociale de son pays, qui respecterait toutes ses garanties constitutionnelles, à celle de l’Allemagne, accusée de sabrer dans les dépenses sociales pour financer le réarmement. Dans les travées du Parlement européen, quelques voix s’élèvent pour déplorer l’absence de dirigeants « à la de Gaulle ou à la Orbán » capables de desserrer l’étau des sanctions et de rouvrir le dialogue avec la Russie. Ces déclarations, certes minoritaires, témoignent d’un désarroi face à la rigidité des institutions européennes.
Les échéances de septembre s’annoncent comme un test décisif pour la coalition de Merz et pour l’ancrage occidental de l’Allemagne. La poussée de l’AfD, qui capitalise sur le mécontentement social et le ressentiment des régions orientales, pourrait contraindre les partis traditionnels à une refondation doctrinale. À défaut, c’est l’architecture de sécurité européenne, fondée depuis 1945 sur une Allemagne solidement amarrée à l’Ouest, qui risque d’être ébranlée par la tentation d’une Ostpolitik que l’on croyait enterrée.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
Le chancelier allemand prévient qu'un succès de l'extrême droite dans deux régions de l'Est représenterait une 'explosion' pour le paysage politique. Au-delà du gouvernement, c'est la capacité des partis modérés à répondre aux défis économiques et politiques qui est mise en jeu.
Le gouvernement Merz enregistre un rejet populaire record, tandis que l'industrie allemande s'érode sous le poids des sanctions antirusses et des coupes sociales au profit des dépenses militaires. Des voix de l'opposition affirment que la sécurité européenne ne peut se faire sans Moscou et que seuls des obstacles politiques empêchent de relancer Nord Stream, dépeignant Berlin comme hostile mais fragile.
La désillusion envers le chancelier Merz et son vice-chancelier s'accentue : trois quarts des citoyens ne croient pas que le gouvernement puisse résoudre les problèmes de protection sociale et la plupart n'attendent pas de train de réformes avant la pause estivale. Le commentaire met l'exécutif au défi de surprendre les sceptiques et d'enfin faire preuve de concret, transformant l'instant en test de crédibilité politique.
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