Accord UE–États-Unis : une capitulation commerciale enveloppée d’un ultimatum
Les Vingt-Sept valident le compromis qui lève les droits de douane européens sur la plupart des produits américains, sous la menace de nouvelles taxes, tandis que Washington rembourse des milliards de droits illégalement perçus.

Les ambassadeurs des Vingt-Sept ont approuvé, mercredi, le compromis négocié la semaine dernière avec le Parlement européen sur l’accord commercial conclu l’an dernier avec Washington. Ce texte, qui doit encore recevoir le feu vert des eurodéputés lors de la session plénière de la mi-juin à Strasbourg, prévoit la suppression des droits de douane européens sur la quasi-totalité des biens importés des États-Unis. En contrepartie, l’administration américaine plafonne à 15 % les taxes qu’elle impose sur les produits européens, un dispositif assorti d’une échéance comminatoire : Donald Trump a averti que sans mise en œuvre complète avant le 4 juillet, des droits « très supérieurs » frapperaient les exportations du Vieux Continent.
Cette concession majeure de Bruxelles intervient dans un contexte paradoxal. La Cour suprême des États-Unis a en effet invalidé en février le recours à la loi d’urgence IEEPA pour instaurer les tarifs douaniers globaux, obligeant l’administration à rembourser plus de 20 milliards de dollars déjà perçus, tandis qu’environ 85 milliards de dollars de demandes de remboursement sont en cours de traitement, selon des documents judiciaires cités par la presse américaine. Le transporteur UPS a d’ores et déjà commencé à reverser les sommes correspondantes à ses clients importateurs, sans que le consommateur américain ne voie le moindre retour, précisent des médias outre-Atlantique. Ainsi, pendant que Washington rétrocède des droits jugés illégaux sur le plan intérieur, il négocie un statu quo tarifaire dont le caractère contraint illustre les fragilités institutionnelles de sa politique commerciale.
L’accord transatlantique est perçu de manière radicalement différente selon les latitudes. Dans la presse du Moyen-Orient, l’Iran économique y lit une « reculade » européenne dictée par la crainte des menaces de Trump, rappelant que le cadre initial avait été arrêté en juillet dernier dans le resort écossais de Turnberry. Au même moment, une autre dynamique commerciale s’affirme loin de la confrontation atlantique : l’accord modernisé entre l’Union européenne et le Mexique élimine immédiatement les droits de douane sur 83 % des produits agroalimentaires mexicains, faisant du secteur agro-industriel de ce pays le grand bénéficiaire, soulignent des sources mexicaines. Cette simultanéïté des agendas dessine une Europe qui, sous pression américaine, diversifie néanmoins ses amarrages latino-américains, comme pour compenser l’asymétrie du lien transatlantique.
À l’heure où le Parlement européen s’apprête à se prononcer, le compromis apparaît à la fois comme un expédient politiquement coûteux et un pari risqué. La menace de Trump, brandie tel un couperet, maintient l’Union dans une logique de négociation sous hypothèque, tandis que le chaos administratif des remboursements aux États-Unis trahit l’impréparation d’une politique commerciale gouvernée par décrets d’urgence. Si le feu vert de Strasbourg devrait intervenir à temps, l’épisode laisse entrevoir une autonomie stratégique européenne encore très largement subordonnée au calendrier électoral et aux humeurs d’un seul homme, alors même que d’autres continents avancent leurs pions dans le jeu des alliances commerciales.
Cette actualité est parue dans
7 sources · 6 langues · fenêtre 24 h