Rebond hésitant à Wall Street, plongeon en Asie : la tech entre frénésie et craintes
Après un vendredi noir, Wall Street a partiellement rebondi grâce aux valeurs technologiques, tandis que l'Asie plongeait et que l'Europe résistait, sur fond d'accalmie précaire entre Israël et l'Iran.

La séance du lundi 8 mai 2025 – si l’on en croit les calendriers des marchés – a offert un tableau contrasté après la déroute du vendredi précédent, où les places américaines avaient connu leur pire journée depuis octobre. Ce jour-là, un rapport sur l’emploi américain plus robuste que prévu avait ravivé les craintes d’une remontée des taux directeurs de la Réserve fédérale, précipitant une liquidation massive des valeurs technologiques. Lundi, une accalmie fragile sur le front israélo-iranien et un rebond partiel des géants de la « tech » ont redonné quelques couleurs à Wall Street, mais l’onde de choc a continué de se propager ailleurs.
À New York, les indices ont clos sur une note hésitante. Le Dow Jones a cédé 0,16 %, tandis que le Nasdaq, cœur de la spéculation sur l’intelligence artificielle, gagnait 0,86 % et le S&P 500 0,30 %. La veille, une chute de plus de 2,5 % du S&P et de 4,2 % du Nasdaq avait effacé près de mille milliards de dollars de capitalisation des fabricants de semi-conducteurs cotés aux États-Unis. Lundi, le secteur a bénéficié d’un double catalyseur : d’une part, l’apaisement militaire après l’annonce iranienne de son retrait, qui a tempéré la flambée des cours du brut ; d’autre part, une série d’annonces industrielles, comme la commande de Google à Intel ou les améliorations de l’assistant vocal Siri par Apple. Le TSX de Toronto, qui avait plongé de 2,3 % vendredi, a lui aussi rebondi de 0,7 %, tiré par les ressources naturelles.
L’Europe a fait preuve d’une relative résilience, à l’image de la Bourse de Londres quasi inchangée. L’indice paneuropéen Stoxx 600 n’a cédé que 0,06 %, tandis que le DAX de Francfort reculait de 0,58 % et le CAC 40 parisien de 0,23 %. Mais derrière cette apparente sérénité, la nervosité couvait. À Stockholm, l’indice a perdu plus de 1 %, reflétant la vulnérabilité des économies scandinaves très liées au cycle technologique. Les commentateurs suédois soulignaient d’ailleurs que la tension boursière – l’arc prêt à se rompre – n’avait que rarement été aussi vive, portée par un « train de l’IA » lancé à une vitesse effrénée et par la plus grande introduction en Bourse de l’histoire récente, sans oublier une crise pétrolière non résolue.
Car c’est en Asie que la correction a pris les allures d’un krach. L’indice Kospi de Séoul a été temporairement suspendu après une dégringolade de près de 9 % en quelques minutes ; il a clôturé en baisse de 8,3 %. Le Nikkei japonais a chuté de 3,9 %. Ces places, lourdement exposées aux exportations de semi-conducteurs et à la bulle spéculative de l’intelligence artificielle, ont payé au prix fort les doutes sur la pérennité des valorisations. La remontée des prix du pétrole, stimulée par l’échange de frappes entre Israël et l’Iran, a ajouté aux tensions sur des importateurs nets d’énergie.
Cette géographie contrastée des marchés illustre la fragilité d’un équilibre mondial. Entre la menace de taux d’intérêt durablement élevés, les incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient et l’euphorie technologique qui rappelle les excès de la bulle internet, les investisseurs naviguent à vue. Si Washington a réussi à amortir le choc grâce à la force de son pôle d’innovation, l’onde sismique ressentie à Séoul et Tokyo montre que le « sell-off » est tout sauf terminé. L’apparente désescalade iranienne, survenue après un appel de Donald Trump, ne saurait faire oublier que les fondamentaux restent incertains.
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