Mondial 2026 : trois hôtes, 48 équipes et une démesure qui suscite critiques et convoitises
Du 11 juin au 19 juillet, la Coupe du monde se déroule pour la première fois dans trois pays nord-américains, avec un format élargi à 104 matchs, entre business record et scepticisme sportif.

C’est un Mondial hors normes qui s’ouvre le 11 juin 2026 à Mexico. Pour la première fois, trois nations — États-Unis, Mexique et Canada — co-organisent la compétition, une configuration inédite que même l’édition 2002 (Japon-Corée) n’avait qu’esquissée à deux. Le coup d’envoi sera donné au stade Azteca, lieu mythique, avec un match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud. Fait singulier : trois cérémonies inaugurales distinctes animeront chacun des pays hôtes, mettant en scène des artistes comme Maná, Alejandro Fernández ou Belinda pour le spectacle mexicain. La phase finale réunira 48 sélections — une expansion décidée par la FIFA — qui disputeront 104 rencontres sur 39 jours, réparties dans 16 stades.
Cette démesure suscite des réactions contrastées selon les latitudes. La presse nord-américaine célèbre un « Greatest Show on Earth », mettant en avant les retombées économiques attendues : selon des analyses relayées en Argentine, ce Mondial pourrait devenir l’événement sportif le plus lucratif de l’histoire, avec des investissements massifs et un impact mesurable sur le PIB des villes hôtes. En parallèle, les agences de sécurité américaines déploient un dispositif sans précédent, qualifié de « plus grande opération de protection de l’histoire du sport américain », avec des équipes spécialisées dans les onze villes états-uniennes.
Pourtant, dans les médias asiatiques et une partie de la presse européenne, le scepticisme domine. On y lit la crainte d’une dilution du niveau sportif, un format à 48 équipes réduisant la dramaturgie des phases de groupes et favorisant une logique commerciale au détriment de l’intégrité du jeu. Ces critiques rappellent que l’élargissement de 1998, de 24 à 32 équipes, avait déjà suscité des réserves. Aujourd’hui, l’Afrique et l’Asie, qui bénéficient de places supplémentaires, adoptent une posture plus nuancée, entre espoir de visibilité et conscience du déséquilibre persistant avec l’Europe et l’Amérique du Sud.
La géographie du pouvoir au sein de ce Mondial est éclairante : onze des seize enceintes se trouvent aux États-Unis, qui accueillent aussi l’intégralité des matchs à partir des quarts de finale. Le Canada n’obtient que deux villes (Toronto et Vancouver) et le Mexique trois, dont Guadalajara et Monterrey. Les stades, souvent des enceintes multifonctions dotées de pelouses hybrides, verront leurs noms commerciaux masqués pour respecter les règles de la FIFA. La logistique est complexe, avec quatre fuseaux horaires et une couverture télévisuelle planétaire.
Ce Mondial 2026 constitue un point d’inflexion pour le football mondial. Il teste la capacité de la FIFA à gérer un événement tentaculaire tout en préservant l’attrait sportif. La présence de l’Afrique du Sud lors du match d’ouverture — clin d’œil au premier Mondial africain de 2010 — souligne la volonté d’universaliser la fête, mais le déséquilibre nord-américain et l’emprise du business interrogent. Alors que le modèle de co-organisation tripartite pourrait inspirer de futures candidatures, l’édition 2026 s’annonce comme un miroir des tensions entre mondialisation heureuse et résistances identitaires qui traversent le sport-roi.
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