Médiation pakistanaise entre Washington et Téhéran : le scepticisme américain s’exprime ouvertement
Le sénateur Lindsey Graham remet en cause la neutralité d’Islamabad dans les pourparlers de cessez-le-feu, alors que des avions iraniens seraient stationnés sur des bases pakistanaises et que le ministre de la Défense rejette les accords d’Abraham.

La brèche est désormais publique. En accusant le Pakistan d’héberger des avions de combat iraniens sur ses bases aériennes tout en jouant les intermédiaires entre Washington et Téhéran, le sénateur républicain Lindsey Graham a fait voler en éclats la fiction d’une médiation impartiale. L’ancien allié stratégique des États-Unis en Asie du Sud se trouve ainsi exposé à une double critique : celle d’une hostilité irréductible envers Israël et celle, plus insidieuse, d’une complicité logistique avec l’appareil militaire de la République islamique.
Le contexte immédiat de cette sortie est le refus sans équivoque du ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Muhammad Asif, de voir Islamabad rejoindre les accords d’Abraham, ce réseau de normalisation diplomatique et sécuritaire entre États arabes et Israël ardemment promu par Donald Trump. Pour le ministre, tout arrangement qui contreviendrait aux « idéologies fondamentales » du pays est inacceptable. Dans la presse indienne, on relève que cette position s’appuie sur une condition palestinienne immuable : pas de reconnaissance d’Israël avant la création d’un État palestinien sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale. Une intransigeance doctrinale qui, vue de New Delhi, nourrit le soupçon d’une diplomatie pakistanaise jouant sur plusieurs tableaux.
Au-delà du sous-continent, cet épisode résonne comme un avertissement dans les capitales occidentales. Si les chancelleries européennes, de Paris à Bruxelles, observent pour l’instant une prudente réserve, les implications dépassent le seul face-à-face américano-iranien. L’hypothèse d’un corridor aérien iranien traversant le Baloutchistan pakistanais évoque de vieilles angoisses stratégiques, tandis que l’effritement d’un canal de négociation crédible rappelle la fragilité des architectures de paix dans une région où l’Union européenne a elle-même investi un capital diplomatique considérable, notamment à travers la sauvegarde de l’accord nucléaire de 2015.
Pour Islamabad, les conséquences pourraient être durables. En contestant la légitimité du Pakistan comme médiateur neutre, le camp républicain américain ne fait pas que discréditer une initiative ponctuelle : il signale la fin d’une époque où les élites politiques et militaires pakistanaises parvenaient à entretenir un double langage rémunérateur. À terme, Washington pourrait se tourner vers d’autres intermédiaires — Oman, le Qatar, voire une médiation turque — et durcir sa pression sur un État dont les choix idéologiques le condamnent à une marginalisation diplomatique accrue, au moment même où le rapprochement avec Pékin et Moscou semble s’accélérer.
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