Le Sénat américain approuve un financement record pour l’ICE, au mépris des critiques internationales
Adopté de justesse, le budget de 70 milliards finance la traque migratoire de Trump. Les divisions républicaines sur un fonds de « persécution politique » n’ont pas suffi à bloquer le texte.

La nuit du 5 juin 2026, le Sénat des États-Unis a adopté par 52 voix contre 47 un projet de loi allouant 70 milliards de dollars supplémentaires aux agences de contrôle migratoire, l’ICE et la police des frontières (CBP). L’unique sénatrice républicaine à voter contre, Lisa Murkowski, a rejoint tous les démocrates dans l’opposition [A1, A5]. Ce budget, qui couvre la fin du mandat de Donald Trump, représente une victoire majeure pour le président après des mois de paralysie partielle du Département de la Sécurité intérieure, la plus longue de l’histoire américaine [A19]. Le texte doit maintenant être examiné par la Chambre des représentants, où la majorité républicaine devrait l’adopter sans encombre [A6, A13].
Les débats ont toutefois révélé de profondes fissures au sein du camp républicain, cristallisées autour d’un fonds controversé de 1,776 milliard de dollars destiné à indemniser les alliés politiques de Trump se disant victimes de « persécution politique » [A7, A11]. Les démocrates, soutenus par une poignée de républicains modérés, ont tenté en vain d’interdire définitivement ce fonds par amendement [A2, A16]. Selon la presse italienne, cette « caisse noire » viserait à compenser les émeutiers du 6 janvier, malgré le témoignage du procureur général par intérim affirmant que le ministère de la Justice n’y donnerait pas suite [A10, A14]. La manœuvre procédurale de la « réconciliation budgétaire » a permis aux républicains d’éviter l’obstruction démocrate, mais a aussi contraint le parti à un vote marathon de 18 heures, entaché par l’abandon de dispositions sur les dépenses somptuaires de la Maison-Blanche, comme le financement d’une nouvelle salle de réception [A15].
Au-delà des frontières américaines, l’adoption de ce texte a suscité des réactions contrastées. En Amérique latine, le journal mexicain La Jornada dénonce un « feu vert à la militarisation de la frontière » et rappelle les tentatives démocrates empêchées pour limiter le fonds [A2]. Les médias brésiliens, comme Valor Econômico, y voient une menace directe pour les expulsions massives de sans-papiers latino-américains [A17]. La presse arabe, du Liban au Nigeria, s’inquiète du sort des migrants africains et moyen-orientaux pris dans l’étau des nouvelles opérations de l’ICE [A4, A6]. En Europe, au-delà de l’indignation morale dans les colonnes de L’Espresso, c’est le symbole d’une dérive autoritaire qui alarme : le recours à un fonds d’indemnisation pour « instrumentalisation de la justice » évoque pour beaucoup une forme d’impunité préemptive orchestrée par l’exécutif [A7]. La presse canadienne francophone, à l’instar du Devoir, souligne pour sa part le malaise républicain face aux violences policières ayant émaillé les manifestations contre l’ICE, rappelant la mort de deux Américains à Minneapolis [A12].
Pour l’heure, le triomphe législatif de Trump pourrait n’être que le prélude à de nouvelles tensions. Comme le relève NBC News, même sans le fonds dédié, l’administration dispose déjà d’un mécanisme alternatif, le « Judgment Fund », pour dédommager discrètement ses soutiens [A14]. Cette échappatoire, alliée à la perspective d’un feu vert imminent de la Chambre, laisse présager une mise en œuvre musclée de la « tolérance zéro » migratoire, au risque d’envenimer les relations avec les pays d’origine. Les commentateurs africains anticipent ainsi une recrudescence des expulsions vers le continent, tandis que les capitales latino-américaines se préparent à un afflux de vols charters [A6, A13]. L’absence de tout garde-fou dans le texte adopté, malgré les appels à la modération, illustre l’emprise d’un parti républicain qui, en dépit de ses dissensions, a une nouvelle fois choisi la loyauté partisane sur le débat démocratique [A3, A16].
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