Le paquebot Hondius autorisé à reprendre ses croisières, l’ombre de la désinformation persiste
Les autorités sanitaires néerlandaises ont levé les restrictions sur le MV Hondius, après un foyer d’hantavirus ayant causé la mort de trois passagers. L’épisode ravive les craintes liées au virus Andes et aux infox.

Le navire de croisière MV Hondius a reçu le feu vert des autorités de Rotterdam pour reprendre la mer, après une désinfection minutieuse menée sous la supervision d’experts en prévention des infections. L’agence municipale de santé a estimé qu’il n’existait plus d’obstacle de santé publique à sa remise en service, clôturant un épisode qui a suscité l’inquiétude bien au-delà des frontières néerlandaises. L’armateur Oceanwide Expeditions a confirmé que le paquebot, de retour à son port d’attache, allait pouvoir retrouver ses itinéraires polaires. Cette décision intervient après des semaines de protocoles stricts, marquées par des inspections répétées et une coordination entre les autorités de plusieurs pays.
Le foyer épidémique s’était déclaré lors d’une traversée internationale partie d’Ushuaïa, en Argentine, avec des escales dans des îles reculées de l’Atlantique Sud, avant de faire route vers le Cap-Vert et Tenerife, où les passagers avaient été évacués. Selon les données de l’OMS, treize cas ont été confirmés, dont trois mortels. Des experts argentins réunis à Buenos Aires lors du congrès de la Société argentine d’infectiologie ont jugé la situation « assez contrôlée », tout en rappelant la spécificité du virus Andes, seul hantavirus capable de transmission interhumaine. Aux États-Unis, les autorités ont levé progressivement la quarantaine pour certains passagers américains ; la plupart ont quitté le centre de l’Université du Nebraska, tandis que d’autres restent en observation jusqu’à la fin de la période d’incubation, prévue pour la fin juin.
Parallèlement à cette gestion de crise, les réseaux sociaux ont charrié un flot de théories infondées. Des publications, essentiellement issues de la mouvance antivaccin, ont avancé que l’ivermectine pourrait traiter l’hantavirus – une confusion entre parasites et virus que les infectiologues jugent dangereuse. D’autres ont fait circuler le portrait d’un médecin chilien présenté à tort comme le découvreur du virus Andes, pour mieux nier la réalité de la transmission entre humains et l’utilité des vaccins. Des montages vidéo attribuaient au directeur de l’OMS l’aveu d’un complot visant à imposer des vaccinations infantiles, tandis qu’une prétendue annonce de Pfizer sur un vaccin ARNm contre l’hantavirus s’est révélée être un faux graphique. Enfin, la diffusion d’une séquence montrant un homme sans combinaison lors des opérations de transfert à l’aéroport de Tenerife a alimenté la thèse d’une « mise en scène ». L’ensemble de ces contenus a été méthodiquement démystifié par la presse italienne, soulignant la persistance des réflexes infox nés de la pandémie de Covid-19.
Alors que le Hondius s’apprête à quitter Rotterdam pour de nouvelles expéditions, l’épisode laisse derrière lui des interrogations quant à la préparation face aux pathogènes émergents et à la résilience des opinions publiques. En Europe, les agences sanitaires insistent sur la rigueur des protocoles de désinfection ; en Amérique latine, l’accent est mis sur la surveillance des rongeurs, réservoirs naturels du virus. Mais la circulation mondiale des fausses nouvelles, alimentée par la défiance envers les institutions, complique toute réponse collective. La frontière entre vigilance légitime et alarmisme se trouve une fois encore brouillée par des acteurs prompts à instrumentaliser la peur.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
La couverture européenne continentale mêle des informations factuelles sur la désinfection du navire et son redémarrage à un vaste travail de vérification des faits sur de faux traitements, des théories du complot vaccinal et des captures d’écran manipulées, en soulignant que les autorités sanitaires ont démenti tout lien avec des campagnes de vaccination infantile.
La presse latino-américaine présente l'événement comme un foyer maîtrisé et sous contrôle : trois décès, treize cas, le navire désinfecté et autorisé à reprendre ses voyages, les experts jugeant la situation assez contrôlée, sans alarmisme.
La presse indienne et sud-asiatique se concentre sur la chronologie de la quarantaine des passagers américains exposés à bord du Hondius, avec deux New-Yorkais devant sortir d’isolement la semaine prochaine tandis que d’autres prolongent leur confinement au-delà du 31 mai, mentionnant un médecin retraité positifs puis négativé.
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