Jeunes diplômés et précarité : les nouvelles fractures du marché du travail mondial
De la Colombie à l’Indonésie, en passant par l’Australie et le Royaume-Uni, les politiques de l’emploi peinent à s’adapter aux mutations du travail à distance et aux exigences de productivité.

En Colombie, le paradoxe est criant. Alors que le taux de chômage national a retrouvé des niveaux historiquement bas – 8,5 % en mars, selon l’OCDE, presque le double de la moyenne des pays membres –, les jeunes de 15 à 28 ans demeurent exclus de l’emploi formel. Les analyses locales dénoncent une « méritocratie sans porte d’entrée » : les obstacles structurels, hérités d’un modèle économique aux résultats mitigés avant même la pandémie – pauvreté à 36,5 % en 2019, déficit courant à 4,6 % du PIB –, condamnent une génération à la précarité. Ce décrochage persistant, loin d’être un simple effet conjoncturel, révèle une fracture profonde entre la reprise macroéconomique et le vécu des primo-demandeurs d’emploi.
À l’autre bout du globe, en Indonésie, le télétravail est pointé du doigt plutôt que l’intelligence artificielle. Une étude relayée par la presse de Jakarta s’appuie sur les données de la Réserve fédérale de New York pour montrer que le chômage des jeunes diplômés de moins de 29 ans est passé de 3,1 % à 3,7 % en neuf ans, tandis que celui des profils expérimentés diminuait. Le travail à distance, en réduisant les opportunités de mentorat et d’intégration, pénalise les débutants. En Australie, les autorités tentent une refonte des services pour l’emploi : le gouvernement a annoncé une réforme en trois volets, dont un service numérique pour les demandeurs prêts à travailler, rompant avec l’approche uniforme héritée. Parallèlement, les négociations salariales dans la fonction publique s’ouvrent dans un climat tendu : la commission de la fonction publique impose une politique de négociation « taille unique » et lie les hausses de salaires aux gains de productivité, suscitant l’agitation syndicale et une revendication de 15 % d’augmentation.
Au Royaume-Uni, le marché du travail montre des signes de refroidissement. Selon une enquête menée auprès de 1 000 entreprises par le service de conciliation Acas, un employeur sur trois prévoit des licenciements d’ici début 2027, les grandes sociétés étant les plus enclines à réduire leurs effectifs. Le directeur de la résolution des conflits met en garde contre des processus juridiques coûteux si les alternatives ne sont pas explorées. Cette annonce contraste avec les réformes ambitieuses d’autres régions, mais elle rappelle que les entreprises, face à l’incertitude, renouent avec des politiques de rigueur, au risque d’aggraver la fracture générationnelle.
Ces dynamiques esquissent un marché du travail mondial en recomposition, où les jeunes supportent le poids des ajustements. D’un côté, des économies émergentes comme la Colombie peinent à créer des passerelles vers l’emploi formel ; de l’autre, des nations avancées expérimentent des filets de sécurité repensés. Le travail à distance, accélérateur de productivité pour certains, accentue les inégalités pour d’autres. Les réponses politiques, qu’elles passent par la réforme des services publics ou l’assouplissement des conditions d’embauche, devront dépasser les solutions standardisées pour s’attaquer aux racines structurelles du chômage des jeunes, au Nord comme au Sud.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
Les tendances du télétravail, bien qu’offrant de la flexibilité, sont de plus en plus perçues comme un obstacle à l’entrée des jeunes diplômés, la Fed de New York reliant une hausse de 20 % du chômage des moins de 29 ans diplômés au travail à distance. Les gouvernements réagissent par des réformes structurelles des services d’emploi, délaissant les obligations mutuelles uniformes pour des parcours numériques et présentiels différenciés, comme le montrent la refonte australienne et les futures négociations salariales indexant les hausses sur la productivité.
Le chômage des jeunes en Amérique latine est un échec chronique, attribué à une méritocratie creuse sans véritables portes d’entrée, la Colombie affichant l’une des pires performances de l’OCDE malgré un taux en baisse. Le récit alerte sur l’importation de recettes économiques ratées – incarnées par le monstre Milei-Duque – qui aggraverait pauvreté et informalité, et appelle à une rupture structurelle face au dogme néolibéral.
L’intelligence artificielle a longtemps servi de bouc émissaire commode pour expliquer la faiblesse du recrutement des jeunes diplômés, mais de nouvelles recherches désignent le télétravail comme le véritable facteur d’exclusion du marché du travail. S’appuyant sur les données de la Fed de New York, la presse souligne que c’est la généralisation du travail à distance, et non l’automatisation, qui prive les talents de leurs premières opportunités professionnelles.
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