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mercredi 27 mai 2026 · Édition de 16:00 CET

Fragmentation du marché du travail, de Mexico à Milan en passant par Buenos Aires

Au Mexique, la création d’emplois tombe à son plus bas niveau en quinze ans, tandis que l’Italie, l’Argentine et la Russie illustrent une précarisation aux multiples visages, entre informalité galopante et carrières fractionnées.

Économie6 sources3 langues3 min de lectureMàj 18:53

Le paradoxe mexicain illustre une dégradation silencieuse du contrat social dans les économies émergentes. Selon les chiffres officiels de l’Institut national de statistique et de géographie (Inegi), le pays n’a créé que 551 000 emplois au premier trimestre 2026 par rapport à l’année précédente, soit la performance la plus faible depuis 2011. Un taux de chômage de 2,6 % pourrait faire illusion, mais la totalité de cette progression – et même davantage – a été absorbée par l’économie informelle : 583 000 postes informels ont vu le jour, tandis que l’emploi formel enregistrait une perte nette de 32 000 places. Dans le même temps, 1,3 million de personnes ont quitté la population active, et l’informalité culmine désormais à 54,5 % des occupés. Ce tassement s’inscrit dans un vieillissement démographique accéléré, le plus rapide de l’histoire mexicaine, qui alourdit les besoins de protection sociale au moment même où les cotisations s’évaporent.

En Argentine, le déclin de l’emploi enregistré confirme la tendance régionale. Le Système intégré prévisionnel argentin fait état de 106 000 postes formels perdus en un an, malgré un léger rebond mensuel en février 2026, après neuf mois consécutifs de contraction. Si la ville d’Aguascalientes, au centre du Mexique, affiche un dynamisme local avec 27 000 emplois supplémentaires, cette embellie reste l’exception qui confirme la règle d’une Amérique latine où la reprise post-pandémique s’essouffle et se fragmente.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’Italie offre un miroir à ces déséquilibres. Les données de l’OCDE, rendues publiques au printemps 2026, décrivent un marché du travail divisé : l’emploi global résiste, mais le chômage des jeunes demeure structurellement élevé et les travailleurs vulnérables peinent à trouver une place stable. Une fracture similaire traverse les marchés francophones européens, de la France à la Belgique, où la demande de profils hautement spécialisés coexiste avec une précarisation rampante des moins qualifiés.

Plus à l’est, la Russie expérimente une mutation conceptuelle du travail. Les analystes de la plateforme hh.ru documentent le basculement d’un modèle « une personne, un emploi » vers une logique de carrière « portefeuille » : en quatre ans, les offres de missions ponctuelles ou à temps partiel ont doublé, et les curriculum vitae émanant de profils multicartes ont grimpé de 60 %. Cette flexibilité subie, sans filet social adéquat, rappelle les formes d’emploi informel qui prolifèrent au Sud, sous des atours numériques.

La convergence entre le vieillissement démographique mexicain, la contraction du formel argentin, la polarisation italienne et l’essor russe du travail fractionné dessine un horizon commun : celui d’une protection sociale de plus en plus déconnectée des réalités productives. Face à des parcours professionnels discontinus, les États – qu’ils soient européens, latino-américains ou issus de la sphère francophone – devront réinventer des mécanismes de solidarité qui ne reposent plus sur le poste fixe, au risque d’aggraver une fracture sociale déjà béante.

Cette actualité est parue dans

6 sources · 3 langues · fenêtre 24 h

Forbes Russia27 mai, 08:16
El Financiero27 mai, 15:05
Perfil27 mai, 15:05
Adnkronos27 mai, 16:43
La República27 mai, 15:06
El Universal27 mai, 10:26