Begoña Gómez inculpée : l’ombre judiciaire sur le voyage de Sánchez en Chine
L’épouse du président du gouvernement espagnol est renvoyée devant un jury pour corruption, pendant que Pedro Sánchez affiche sa convergence avec Pékin contre la « loi de la jungle ».

Le juge madrilène Juan Carlos Peinado a clos deux ans d’instruction en proposant de renvoyer Begoña Gómez, épouse du président du gouvernement Pedro Sánchez, devant un tribunal populaire pour malversation, trafic d’influence, corruption dans les affaires et appropriation indue. Selon l’ordonnance, l’intéressée aurait mis à profit l’ascendant de son mari pour faire créer une chaire à l’université Complutense de Madrid, obtenir le sponsoring de grandes entreprises et faire financer un logiciel dont elle aurait tenté de s’approprier les droits alors qu’il relevait du domaine public, avec la complicité de l’assistante mise à disposition par la Moncloa.
La nouvelle, tombée en pleine visite officielle du couple en Chine, a provoqué l’« indignation » au sein de l’exécutif espagnol, qui dénonce une instrumentalisation politique. Depuis Pékin, Pedro Sánchez a sobrement répété : « Ce que je demande à la justice, c’est qu’elle rende justice », sans s’écarter du discours d’innocence maintenu depuis le début de l’affaire. La presse conservatrice espagnole insiste au contraire sur la reconstitution minutieuse du magistrat, quand les titres proches de la majorité soulignent les fragilités de la procédure – les défenses pointant un risque de nullité, le juge ayant sollicité de nouvelles diligences tout en clôturant l’instruction.
Ce tumulte judiciaire se déroule alors que Pedro Sánchez affichait, mardi au Grand Palais du Peuple, une rare harmonie avec Xi Jinping. Le président chinois a salué « des pays de principes qui agissent avec rectitude morale » et s’est dit prêt à se placer, avec l’Espagne, « du bon côté de l’histoire », rejetant un « retour à la loi de la jungle ». Les médias chinois ont sobrement relaté l’inculpation de Begoña Gómez en marge d’une visite centrée sur la coopération commerciale, tandis que la presse anglo-saxonne replaçait la séquence dans le tableau plus large des affaires qui fragilisent le gouvernement minoritaire de Sánchez.
Au-delà du sort personnel de Begoña Gómez, l’épisode illustre la pression croissante que les multiples dossiers judiciaires – impliquant la famille du dirigeant socialiste et d’anciens alliés – font peser sur une coalition déjà affaiblie au Parlement. L’audience devant un jury populaire, si elle est confirmée, armera l’opposition de droite d’un levier politique à l’approche des prochaines échéances électorales. La coïncidence chronologique entre la décision du juge et un déplacement diplomatique de haute tenue renforce le soupçon d’une manœuvre, tout en révélant la difficulté pour Moncloa de capitaliser à l’international pendant que le front intérieur se lézarde.
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