Concentration bancaire en Italie : Intesa Sanpaolo contre-attaque sur Monte dei Paschi
Intesa Sanpaolo lance une OPA de 30,6 milliards sur Monte dei Paschi, contrant le projet de fusion de Banco BPM. Unipol et Bper sont impliquées dans un montage qui rebat les cartes du capitalisme italien.

La consolidation du secteur bancaire italien est entrée dans une phase décisive. Dimanche 7 juin, Banco BPM proposait au Monte dei Paschi di Siena (MPS) une « fusion entre égaux », qui aurait donné naissance au deuxième groupe national. Dès le lendemain, Intesa Sanpaolo répliquait avec une offre publique d’achat et d’échange volontaire sur MPS, valorisant la banque siennoise à 30,6 milliards d’euros. L’offre, rapportée par la presse transalpine, prévoit 1,6 action Intesa nouvellement émise et un euro en numéraire par action MPS, soit 10,091 euros avec une prime de 12,5 %.
Intesa a simultanément scellé un accord avec Unipol, premier actionnaire de Bper, pour lui céder 635 agences et la marque MPS. Unipol, qui augmentera son capital de jusqu’à 2,5 milliards, fusionnera ces actifs avec Bper, créant un nouvel ensemble baptisé « Banca Monte dei Paschi », deuxième groupe bancaire du pays. Intesa conservera Mediobanca – récemment acquise par MPS – et sa participation dans Generali (13 %). Derrière cette bataille se joue le contrôle du célèbre assureur triestin, comme le souligne la presse italienne.
Cette accélération illustre les ambitions souverainistes de l’establishment italien, soucieux de contrer l’influence étrangère – notamment française via Crédit Agricole, actionnaire de Banco BPM. Selon des indiscrétions, Alberto Nagel, ex-dirigeant de Mediobanca, aurait œuvré en coulisses comme conseiller informel de l’opération Intesa-Bper, discutant avec Carlo Cimbri (Unipol) lors d’une croisière à Malte. Le gouvernement, dont la position n’est pas encore officielle, devrait peser sur un dossier touchant à l’indépendance financière du pays.
Les obstacles réglementaires sont réels. L’offre est conditionnée au feu vert des autorités de concurrence, qui examineront la concentration des parts de marché. La fusion en cascade avec Bper vise à atténuer ces craintes, sans les dissiper totalement. Au niveau européen, ce mouvement illustre la recomposition en cours du paysage bancaire de la zone euro, alors que la BCE encourage des champions nationaux. Reste à savoir si les actionnaires de MPS, dont l’État italien, accepteront une prime jugée modeste. La date butoir de décembre 2026 laisse du temps aux manœuvres.
Le capitalisme italien vit un tournant. La riposte d’Intesa montre que les lignes ne sont pas figées. L’assemblée des actionnaires de MPS en septembre et le verdict des régulateurs constitueront les prochaines étapes. Au-delà des chiffres, c’est la gouvernance de Generali et plus largement la capacité de l’Italie à protéger ses fleurons qui sont en jeu. La presse transalpine documente ces soubresauts avec une intensité qui rappelle les grandes batailles boursières.
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