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mercredi 3 juin 2026 · Édition de 16:00 CET

Backrooms et He-Man : les deux visages du cinéma fantastique mondial

Entre légende urbaine du web et jouet recyclé, les sorties de Backrooms et Masters of the Universe illustrent les fractures de la production culturelle globale.

Société6 sources5 langues3 min de lectureMàj 19:58

L’arrivée quasi simultanée de deux films fantastiques — Backrooms, premier long-métrage du vidéaste américain Kane Parsons, et la nouvelle adaptation de Masters of the Universe — n’est pas qu’une coïncidence de calendrier. Elle met en scène, de façon presque trop schématique, la bifurcation des imaginaires à l’heure des plateformes. D’un côté, une légende urbaine née d’une simple photo anonyme sur un forum en 2019, élevée au rang de mythe numérique par la communauté des « espaces liminaux ». De l’autre, la résurrection d’une franchise des années 1980, portée par le souvenir des figurines et du dessin animé, que l’industrie espère recycler pour les foules d’aujourd’hui.

La presse italienne y voit le symptôme d’un Hollywood qui puise désormais ses récits dans les profondeurs d’Internet plutôt que dans les bibliothèques. Le phénomène Backrooms, produit par la société A24, incarne cette transition : l’angoisse des couloirs vides et des lumières fluorescentes, propre à l’esthétique du web, envahit les salles obscures. Les critiques russes, de leur côté, comparent le geste de Parsons à celui de David Lynch ou Spike Jonze, y décelant une filiation avec le cinéma de l’étrange, tout en soulignant que le jeune réalisateur, à peine 20 ans, a d’abord fait ses armes sur YouTube. Pourtant, l’accueil n’est pas unanime : un critique des Émirats arabes unis, pourtant fasciné par le mythe, déplore que le film se perde dans son propre labyrinthe, sacrifiant la profondeur prometteuse à une errance narrative. L’enjeu, commun à ces analyses, est celui de la transmutation d’une peur née du numérique en une expérience cohérente sur grand écran.

Du côté de He-Man, le constat est plus amer. La presse espagnole insiste sur le calvaire physique enduré par l’acteur Nicholas Galitzine pour incarner cette icône de virilité désuète, mais cela ne suffit pas à convaincre. Un chroniqueur australien raille la déchéance du héros, devenu un médiocre employé des ressources humaines, tandis qu’un média indonésien parle de « nostalgie sucrée mais bavarde », rappelant qu’à l’époque, He-Man était un symbole de justice et de masculinité. Le fossé entre les attentes des quadragénaires et l’indifférence des jeunes spectateurs est patent : le film voulait capitaliser sur la mémoire affective, mais il semble surtout illustrer l’obsolescence de certains canons.

Ce face-à-face trahit une réalité plus vaste : la mondialisation des récits ne signifie pas leur uniformisation. Les lecteurs francophones — qu’ils soient à Paris, Bruxelles, Yaoundé ou Montréal — reconnaîtront dans ce double mouvement l’écho de rapports de force culturels familiers. D’un côté, des créations spontanées issues des marges du web, qui se fraient un chemin jusqu’aux circuits traditionnels. De l’autre, des mastodontes de la propriété intellectuelle qu’on tente de réanimer pour amortir des décennies d’investissement. À l’heure où l’intelligence artificielle promet de générer des scénarios à la demande, la tension entre ces deux modèles ne fera que s’intensifier. Les Backrooms pourraient bien être la matrice des futurs blockbusters, à condition que leurs artisans parviennent à dompter la matière numérique sans en perdre l’essence.

Comment la même histoire est racontée ailleurs.

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Stampa europea continentale · mediterraneaStampa atlantica / anglosfera · progressistaStampa del Golfo araboStampa sud-est asiatica
Stampa europea continentale/ mediterraneatrionfopragmatismo

D'une photo anonyme à un blockbuster, l'histoire des Backrooms montre comment le Web est devenu une fabrique de mythes contemporains, devançant les sources narratives classiques. Ce phénomène né en ligne illustre une mutation culturelle venue des communautés, qui anticipent désormais l'industrie du spectacle.

Stampa atlantica / anglosfera/ progressistascetticismoironia

He-Man est tombé bien bas : le héros bodybuildé des années 1980 revient à l'écran sous les traits d'un type banal prénommé Adam, exilé et sans éclat. Ce film constate le déclin d'une icône, entre scepticisme et ironie face à une franchise vidée de son sens.

Stampa del Golfo araboscetticismoironia

Un film d'horreur liminale qui séduit par l'esthétique des couloirs infinis, mais se perd dans un labyrinthe narratif sans issue. Les attentes nées du mythe en ligne se heurtent à un dénouement qui ne tient pas ses promesses, laissant le spectateur égaré et déçu.

Stampa sud-est asiaticaironiascetticismo

Nostalgie sucrée mais bavarde : He-Man est un symbole fané des années 1980, vieilli et méconnaissable pour les jeunes générations. Le film tente de raviver la magie d'une époque révolue, mais s'enlise dans une lenteur qui ternit le souvenir.

Cette actualité est parue dans

6 sources · 5 langues · fenêtre 24 h

Jawa Pos3 juin, 10:03
L'Espresso3 juin, 17:58
The Sydney Morning Herald3 juin, 10:04
Meduza3 juin, 16:44
Gulf News3 juin, 11:20
El Universal3 juin, 18:01