Après la chute d'Orbán, l'Europe centrale entre espoir libéral et poussée autoritaire
La défaite du dirigeant hongrois après seize ans de pouvoir suscite l'enthousiasme à Budapest, mais l'élection probable d'un candidat prorusse en Bulgarie et les blocages constitutionnels en Pologne révèlent une transition démocratique pleine d'incertitudes.

Dans les rues de Budapest, l’ambiance tenait du « mosh pit » : une marée humaine en liesse célébrait la victoire de l’opposition comme un cataclysme libérateur. Ce soir-là, Viktor Orbán, premier ministre hongrois depuis plus de seize ans, était défait, emporté par un raz-de-marée électoral dont le souffle paraissait capable de balayer « l’illibéralisme » érigé en système. Le reportage d’un correspondant anglo-saxon décrivait des citoyens fiers d’avoir repris la parole, au point qu’il peinait à entendre leurs témoignages tant les cris de joie couvraient les micros.
Pourtant, comme le soulignent les analyses de la presse germanophone, la liesse ne garantit pas une transition aisée. L’expérience polonaise montre combien il est difficile de déraciner les réseaux clientélaires une fois les autocrates chassés. Mais le nouveau dirigeant hongrois, Péter Magyar, bénéficierait d’un atout : la possibilité d’une « contre-révolution libérale » rapide, car l’appareil d’État, les juges et les médias sous Orbán pourraient être plus rapidement réformés que leurs équivalents polonais, où le PiS a laissé un héritage institutionnel plus enchevêtré. Orbán, de son côté, refuse de se retirer : se sentant « plus jeune que jamais », il promet un renouvellement profond de son parti, sans attaquer frontalement Magyar, signe que le combat est loin d’être terminé.
Cette ambivalence se lit aussi à l’est des Balkans. En Bulgarie, les élections anticipées pourraient porter au pouvoir un ancien président et général proche du Kremlin, Rumen Radev, que les médias russes décrivent sans détour comme un « nouvel Orbán ». Porté par une coalition créée en quelques semaines, il recueillerait 30 à 40 % des suffrages en dénonçant une élite oligarchique corrompue et en prônant un dialogue avec Moscou. La presse germanophone le qualifie de « Putin-Versteher », celui qui comprend Poutine. Ainsi, alors que la Hongrie tourne une page autoritaire, la Bulgarie semble prête à en écrire une nouvelle, illustrant la persistance des réflexes illibéraux dans les sociétés marquées par les promesses non tenues du postcommunisme.
Du côté polonais, l’appel du président Karol Nawrocki à une nouvelle constitution, qui clarifierait le partage des pouvoirs entre le chef de l’État et le premier ministre, montre que les crises institutionnelles survivent aux alternances. La presse ibérique, quant à elle, souligne le vide laissé au sein des droites radicales européennes par la chute de celui qu’elle qualifiait de « dernier chef apache ». Orpheline, la mouvance cherchera de nouveaux totems.
La carte de l’Europe centrale se recompose ainsi par à-coups, entre percées libérales et répliques autoritaires. Rien n’indique que 2025 sera l’année d’une démocratisation irréversible ; tout suggère plutôt une lutte longue, où chaque élection peut basculer d’un côté ou de l’autre du clivage qui traverse le continent. L’espoir ressenti à Budapest restera fragile tant que d’autres capitales, de Sofia à Varsovie, ne seront pas sorties des ambivalences.
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