Albanie : la fronde anti-Kushner se mue en crise politique, Téhéran pointé du doigt
Les manifestations contre le projet touristique du gendre de Trump ont pris une ampleur inédite, attisées par la levée des sanctions visant l’opposant Sali Berisha et les accusations de guerre hybride lancées par le Premier ministre contre l’Iran.

Alors que les protestations contre le complexe hôtelier de Jared Kushner entraient dans leur douzième nuit consécutive, un développement inattendu a porté la mobilisation à un niveau sans précédent. Selon des médias israéliens, près de 200 000 personnes ont envahi les rues de Tirana, scandant des slogans contre la corruption après l’annonce, confirmée par l’intéressé sur les réseaux sociaux, de la levée des sanctions américaines qui frappaient l’ancien premier ministre Sali Berisha. Son message laconique – « Je suis de retour ! » – a cristallisé la colère d’une foule qui dénonce désormais une collusion entre le pouvoir et l’opposition au service d’intérêts privés.
Le projet à l’origine de la fronde, porté par le gendre de Donald Trump, prévoit un resort de luxe sur la lagune protégée de Vjosa-Narta et l’île de Sazan, un ancien site militaire au large de la côte méridionale albanaise. La presse russe rappelle que les travaux ont débuté après que le gouvernement d’Edi Rama a accéléré les permis et modifié les lois environnementales pour autoriser des hôtels cinq étoiles dans des zones classées. Les médias italiens ont baptisé le mouvement « révolution des flamants roses », en référence aux colonies d’oiseaux qui peuplent cet écosystème fragile, tandis que les manifestants brandissent des pancartes mêlant défense de la nature et rejet d’un régime accusé de brader le patrimoine national.
La contestation, initialement écologiste, a rapidement mué en un réquisitoire contre le pouvoir en place. La presse américaine rapporte les propos d’une manifestante, Estela Ujka, résumant un sentiment largement partagé : « Notre pays ne nous protège plus, il ne sert plus son peuple. » Le Premier ministre Rama, qui dirige le pays depuis treize ans, est accusé de corruption systémique, tout comme Berisha, pourtant figure de l’opposition. Cette convergence des griefs a transformé les cortèges en un mouvement anti-gouvernemental d’ampleur, où les clivages partisans s’effacent devant la dénonciation d’une élite politique soupçonnée de compromissions avec des investisseurs étrangers.
De manière inattendue, la crise a pris une dimension géopolitique. La radio persane Radio Farda révèle que le Premier ministre Rama a pointé du doigt l’Iran, l’accusant de mener une « guerre hybride » fondée sur la désinformation pour attiser les troubles. Tirana, qui abrite depuis 2016 des milliers d’opposants iraniens du groupe des Moudjahidine du peuple, avait déjà rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran en 2022 après des cyberattaques massives. Cette instrumentalisation du contentieux irano-albanais, alors que le projet Kushner bénéficie du soutien affiché de Washington, place le petit pays des Balkans au carrefour de tensions qui dépassent largement la préservation des flamants roses. L’issue de cette mobilisation pourrait redessiner non seulement l’avenir du littoral albanais, mais aussi l’équilibre précaire entre les influences américaine et iranienne dans la région.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
The Israeli press frames the protests as a massive outcry against systemic corruption, targeting both the prime minister and opposition leader for promoting a controversial real estate project linked to Jared Kushner. The demonstrations are portrayed as a historic uprising against a cross-party establishment that prioritizes personal interests over public welfare. The tone is accusatory, emphasizing the scale of 200,000 protesters and the government's betrayal.
Continental European media frame the protests as a 'flamingo revolution', highlighting the environmental threat to protected wetlands from the luxury resort. The demonstrations are depicted as a broader anti-corruption movement against Prime Minister Rama's administration, with a mix of criticism and irony over the flamingo symbolism. There is also mention of an unexpected Iran-Albania conflict emerging from the protests.
The Atlantic press presents the protests as starting over a controversial Kushner-linked resort but expanding into general anti-government rallies. The coverage is factual and measured, noting the 12 consecutive days of protests and the shift from a specific project to broader grievances about corruption. The tone is neutral, focusing on the scale and evolution of the movement.
Cette actualité est parue dans
6 sources · 5 langues · fenêtre 24 h