Affaire Dolina : la propriété privée russe en procès
La chanteuse réclame 176 millions de roubles aux escrocs qui lui ont pris son appartement moscovite, révélant la fragilité du droit de propriété. Un contraste saisissant avec la Suède, où une petite fraude est vite punie.

Le tribunal Lefortovo de Moscou a enregistré le 8 juin la plainte de la célèbre chanteuse Larissa Dolina contre les quatre personnes condamnées pour l’escroquerie qui lui a coûté son appartement de la capitale. L’artiste réclame plus de 176 millions de roubles de dommages et intérêts, un montant que le tribunal de Balachikha lui avait déjà reconnu en novembre 2025. Les escrocs, dont certains ont utilisé des cryptomonnaies pour dissimuler les fonds, avaient poussé Dolina à vendre son bien de cinq pièces dans le quartier de Kseninski.
L’affaire ébranle la société russe depuis l’été 2024, lorsque la chanteuse s’est retrouvée dépossédée de son logement au profit d’une acheteuse, Polina Lourye, qui a finalement obtenu son expulsion en décembre. Au-delà du fait divers, cette histoire met en lumière l’instabilité structurelle du droit de propriété en Russie, comme l’analyse le journaliste Maxime Trudolioubov dans son ouvrage « Les gens derrière la clôture », dont un extrait est publié par Meduza. Pour lui, « l’appartement est le fait biographique le plus important en Russie », un refuge dans un pays où l’État peine à garantir une protection fiable des biens privés.
Ce constat tranche avec la situation observée en Europe du Nord. En Suède, une femme d’une cinquantaine d’années vient d’être condamnée par le tribunal de Norrköping pour avoir soutiré de petites sommes à des membres d’Églises par téléphone, avant de tout jouer. Elle a immédiatement reconnu les faits et accepté de rembourser les victimes. La justice suédoise a traité ce dossier modeste avec une célérité et une clarté qui soulignent, par contraste, la lourdeur des procédures et l’incertitude juridique auxquelles fait face une personnalité publique russe spoliée de son bien principal.
La plainte de Larissa Dolina vise désormais quatre personnes physiques et non l’acquéreuse du bien, ce qui laisse entier le débat sur la restitution du logement lui-même. Alors que les procès s’enchaînent, l’issue de cette bataille judiciaire sera scrutée comme un baromètre de l’état de la propriété privée dans la Russie contemporaine, où un appartement peut être à la fois un sanctuaire intime et un actif vulnérable.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
Les médias russes relatent de manière neutre la démarche indemnitaire de la chanteuse Larisa Dolina: le tribunal Lefortovo de Moscou a enregistré une action en réparation visant à récupérer plus de 176 millions de roubles auprès des quatre escrocs condamnés pour l'affaire de l'appartement. Le récit reste technique, énumérant les dates de dépôt et la reconnaissance judiciaire du préjudice.
Un titre suédois relate avec une indignation contenue la condamnation d'une quinquagénaire qui appelait des fidèles en prétextant un besoin d'argent pour des soins, et dilapidait les sommes au jeu. Le récit mêle les éléments factuels du jugement du tribunal de Norrköping à une mise en garde implicite contre le détournement de la générosité chrétienne, les victimes apparaissant comme des croyants abusés dans leur élan de solidarité.
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